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Un endroit où faire connaissance avec mes romans

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L’EXTREME DROITE DECOMPLEXEE

Notre époque  est à l’abolition des complexes. Par complexes, entendez  réserve, scrupules,  pudeur, modération. Les mots ont une importance bien plus grande que celle qu’on leur prête en général. Etre scrupuleux, pudique et modéré, c’est bien ; être pinailleur, pudibond et pusillanime, c’est ridicule. Les sociétés ont une forte tendance à passer d’un extrême à l’autre sans s’arrêter bien longtemps au point d’équilibre (de la barbarie à la décadence sans passer par la case civilisation, pour citer une formule connue d’un auteur inconnu à propos des Etats-Unis, Clémenceau, Wilde, Karr ou Shaw) Sans doute étions-nous un peu coincés avant mai 1968, sous le règne du général et de tante Yvonne. Maintenant nous sommes décomplexés. Des crétins enfermés sous l’œil de caméras exposent à l’œil des téléspectateurs une palette de comportements qu’ils seraient bien avisés de garder secrets. D’autres se livrent devant des présentateurs faussement offusqués au déballage de leur intimité conjugale, qui a priori ne devrait intéresser personne, mais j’ai tort, cela intéresse beaucoup de monde, les chiffres d’audience sont là pour le montrer. Les politiques et les journalistes se plient à la mode. Foin des complexes ; des inhibitions ; des freins.

En matière politique, nous avons eu la droite décomplexée. Celle qui dit que l’argent, ça n’est pas mal. Là-dessus, une majorité de citoyens sera d’accord, l’argent, ça n’est pas mal. Ce qui peut être mal, c’est la manière dont on l’a obtenu. Mais ce n’est pas le sujet du jour.

Maintenant, nous avons également l’extrême-droite décomplexée. Une personne qui brigue un mandat d’élu s’amuse à diffuser sur les réseaux sociaux des photos mettant en parallèle un singe et une ministre de la République, ministre qu’elle invite bruyamment à s’installer dans les branches d’un arbre, là où est sa place. Une jeune fille rebondit sur cette saillie pour proposer une banane à cette même ministre, « la guenon ». Les insultes ne disent rien sur ceux qui en sont victimes, énormément sur ceux qui les profèrent. En ce qui me concerne, ce qu’elles m’apprennent m’incite plutôt à la pitié, parce qu’il est pitoyable, profondément pitoyable pour un être humain d’être capable d’exprimer de cette manière ses sentiments pour autrui. Là où je ne ressens guère de pitié, c’est lorsqu’un journal utilise à son tour ces « plaisanteries » pour titrer sur le portrait de la ministre en question, Mme Christiane Taubira, et en remet une couche en utilisant à son tour les mots « singe » et « banane ».

Ce que je ressens, c’est une colère considérable. J’ai revu celle de Robert Badinter, filmé à une commémoration de l’Holocauste pendant laquelle François Mitterrand s’était fait huer par une partie du public. Ses paroles à la tribune, j’ai envie de les redire, dans un contexte différent, mais où des valeurs fondamentales pour notre société sont également en jeu :

« Vous m’avez fait honte ! Vous m’avez fait honte ! Il y a des moments où les morts nous écoutent ! »

A moi aussi ces gens me font honte. Ils me font honte, et je crois que tous ceux à qui ils font honte devraient le dire à Mme Taubira. Il ne s’agit pas de son appartenance politique, de son action au gouvernement. Il s’agit d’autre chose, de quelque chose de très grave, de quelque chose à propos duquel les morts nous écoutent. Pour ceux qui ne comprennent pas quel rapport il existe entre ces minables insultes renvoyant une partie de nos frères et sœurs à la condition de singe, et le cri de colère de Robert Badinter lors d’une commémoration du génocide des Juifs, je vais juste leur rafraîchir la mémoire avec cet extrait du journal « Je suis partout » :

« Quel tribunal oserait nous condamner si nous dénonçons l'envahissement extraordinaire de Paris et de la France par les singes ?… On va au théâtre ? La salle est remplie de singes… Dans l'autobus, dans le métro ? Des singes… En province, dans les marchés, les foires, des stands entiers sont occupés par des singes, avec un grand fracas de casseroles en solde et d'étoffes prises à des faillites… Les guenons qui les accompagnent ont chapardé des fourrures, des colliers de perles, et elles minaudent d'une manière presque humaine… Ce que nous appellerons l'antisimiétisme (veuillez bien lire, je vous prie) devient, chaque jour, une nécessité plus urgente… »

Je suis Partout, 31 mars 1939 (Robert Brasillach)

Il a fallu que des millions d’hommes, de femmes et d’enfants soient massacrés parce qu’ils étaient Juifs, pour que l’on comprenne que ce genre de prose n’était pas tolérable. Je ne suis pas naïf au point de croire que la connerie raciste et antisémite va s’éteindre dans l’esprit des humains. Je veux juste que les racistes et les antisémites nous foutent la paix, je ne veux plus voir leurs délires s’étaler à la une des journaux, je ne veux plus que de nouveaux Brasillach se permettent de comparer mes frères et mes sœurs humains à des singes et des guenons.

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