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Un endroit où faire connaissance avec mes romans

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EXTREMISTES

Deux événements récents me semblent devoir être mis en parallèle, même si au premier abord leur relation n’apparait pas évidente :

La mort horrible d’un bébé palestinien brûlé vif lors d’une attaque de colons israéliens fanatiques probablement inspirés par les thèses du mouvement « Le prix à payer ».

L’incroyable levée de boucliers devant le projet de Barack Obama consistant à réduire la production d’électricité issue des centrales thermiques à charbon aux USA.

Le point commun entre ces deux faits a priori sans rapport, c’est qu’ils donnent un coup de projecteur sur une frange de l’Humanité, sur des personnes chez qui le bon sens le plus élémentaire et les sentiments les plus communément partagés ont complétement disparu, au profit d’un dogme, d’une croyance, d’un principe délirant. Appelons-les des extrémistes.

Etre capable de tuer un enfant tout en demeurant persuadé d’avoir agi de manière juste nécessite un sacré « travail sur soi ». L’histoire de notre espèce regorge malheureusement de tels cas de figure. Classer une portion de l’Humanité au rang d’entité nuisible à exterminer (pour raisons religieuses ou ethniques) n’est pas une attitude nouvelle. Il n’en reste pas moins qu’elle nécessite une annihilation de blocages naturels puissants qui retiennent un homme de faire du mal à un bébé. Pour y parvenir, il faut devenir sourd à la voix intérieure de sa propre conscience, sourd aux mécanismes les plus ancestraux de préservation de l’espèce.

Etre capable de nier effrontément l’urgence de diminuer les émissions de gaz carbonique (dont les centrales thermiques à charbon sont les plus grosses pourvoyeuses) demande également de gros efforts de suppression de l’intelligence et de la réflexion. Ce qui n’empêche pas une partie de la classe politique américaine (beaucoup de Républicains) de promettre de s’opposer au projet d’Obama avec tous les moyens dont elle dispose. Peut-être s’agit-il de simple cynisme politique (je suis contre tout ce qu’ils font puisqu’ils sont dans le camp opposé). Je crois plutôt que cela découle d’une pure question idéologique (allergie totale de la droite américaine à toute forme de règlementation étatique). Sachant que le combat à mener n’est pas d’empêcher un réchauffement climatique (il a déjà eu lieu) mais d’éviter qu’il soit si élevé qu’il risquerait de compromettre toute vie sur Terre, la réaction des adversaires d’Obama implique qu’ils parviennent à devenir aveugles, aveugles aux faits, à la raison, au bon sens.

Sourds et aveugles, les extrémistes possèdent une autre caractéristique. Ils sont extraordinairement déterminés, opiniâtres, résilients. Leur foi (pas nécessairement religieuse) les soutient. Ils sont actifs, virulents, une caractéristique facile à repérer à l’heure des réseaux sociaux. Ils sont minoritaires, mais ils se bougent et ne renoncent pas.

Une majorité d’humains est capable d’empathie et de réflexion, mais dans les pays démocratiques, elle pense que son bulletin de vote suffira à la représenter. Cette majorité (à laquelle j’appartiens) répugne à faire valoir son opinion de manière tapageuse, voire violente. Elle respecte les lois, les institutions (même s’il lui arrive de râler contre) et ne déteste pas ses adversaires au point de se sentir capable de les insulter, de les molester ou même d’attenter à leur vie.

Les extrémistes s’appuient sur une force transcendante (Dieu, une cause, la défense d’une race) qui les autorise, de leur point de vue, à mépriser le moindre sentiment ou la moindre pensée susceptible de les freiner. Ils manifestent, ne sont pas inhibés lorsqu’il s’agit de hurler leur haine d’autrui, y compris devant des caméras, se déchainent encore plus dans le cadre de l’anonymat des réseaux sociaux.

Un bon exemple de ce phénomène est le mouvement qui est né en France pour s’opposer au mariage pour tous. Parole libérée, torrent de boue homophobe, recrudescence des agressions contre des femmes et des hommes homosexuels.

Tout devient permis aux extrémistes (permis par leur conscience j’entends) si c’est au profit de leur combat. Même tuer, même massacrer, mutiler, décapiter, lapider, crucifier, brûler vif. Le comble de l’horreur n’est certes atteint qu’en dehors de nos frontières (notamment dans le chaos moyen-oriental), mais nous en sommes déjà aux manifestations de haine sans complexe, aux invectives les plus hallucinantes et au propos d’une absolue mauvaise foi doublés d’une stupidité sans nom, même de la part de gens censément intelligents et cultivés (l’après Charlie en a suscité un bon nombre, cf l’excellent livre de Caroline Fourest « Eloge du blasphème »).

L’optimiste voit les progrès de l’Humanité, ceux de la majorité tranquille qui aspire à une vie sans conflits. Le pessimiste regarde les extrémistes, leur capacité jamais entamée à frapper de leur front épais le mur de la raison et de l’empathie naturelle, à le frapper encore et encore, jusqu’à le faire s’écrouler pour enfouir tout sous les gravats.

Il a été écrit qu’on ne peut vaincre l’obscurité qu’en allumant toujours d’autres lumières. On ne peut empêcher les extrémistes de nuire qu’en renforçant le mur dans lequel ils se jettent sans répit, avec deux sortes de matériaux : celui de la science, du savoir, de la raison, de la connaissance ; et celui de l’empathie, de la compassion, de l’amour.

Il faut renforcer le mur. Parce que eux, ils seront toujours là.

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