Un endroit où faire connaissance avec mes romans
Mohamed Allan, avocat palestinien accusé par le Shabak d’appartenir aux brigades Al-Quds, est depuis deux mois en grève de la faim pour protester contre le régime d’exception dont il est victime, régime qui permet de maintenir quelqu’un en prison, sans inculpation ni procès, dès lors que plane un soupçon de terrorisme.
Le gouvernement israélien, qui comptait sur l’alimentation forcée pour éviter de se retrouver avec un martyr sur les bras, se heurte à la détermination sans faille des médecins de l’Etat hébreu. Le bureau médical d’Israël (équivalent du Conseil de l’Ordre) a interdit à ses membres de prêter la main à l’administration pénitentiaire, selon le principe que la mission des médecins est de soigner et de guérir, pas de forcer un patient à faire ce qu’il ne veut pas. Et malgré les transferts de Mohamed Allan d’un hôpital à l’autre, dans l’espoir de dénicher un praticien complaisant, le gouvernement israélien n’a trouvé personne pour déroger aux valeurs universelles qui devraient guider tous les médecins de la Terre.
Il est rassurant de constater que des êtres humains sont capables de faire passer leur conscience avant toute autre considération, de placer certains principes au-dessus de la raison d’Etat, au-dessus des divisions générées par un conflit, au-dessus des haines claniques ou religieuses.
Cette histoire tragique devrait nous servir de leçon dans de nombreux domaines. La libre disposition de son corps pour chaque individu est un principe universel. Ce qui implique qu’avorter est un droit ; que l’homosexualité n’est pas une déviance, ni la transsexualité une abomination ; que le choix de mourir dans la dignité doit être accessible à qui le désire, de même que le refus de l’acharnement thérapeutique. L’égalité des hommes et des femmes est aussi un principe universel. Il devrait être aisé d’accepter deux affirmations aussi simples, extrêmement difficile à quiconque de les contester.
Pourtant ces principes sont régulièrement bafoués, au nom de convictions religieuses ou culturelles. Le pire est de constater le succès croissant d’une rhétorique qui consiste à accuser de « racisme » la volonté de défendre ces principes universels lorsqu’ils dérangent une culture ou une religion censément « opprimée ». Pour parler clairement, toute tentative d’argumenter au sujet du voile islamique au nom de l’égalité des sexes est taxée d’ « islamophobie ». Pourtant, l’idée qu’il faille dissimuler le visage des femmes (mais pas celui des hommes) pour éviter toute concupiscence est clairement une atteinte au principe d’égalité des femmes et des hommes. L’extension de cette rhétorique va jusqu’à taxer de racisme l’opposition à l’excision des petites filles au nom du respect dû aux cultures autres.
La défense de valeurs universelles ne cible pas telle ou telle religion, telle ou telle culture. Les catholiques intégristes sont les adversaires les plus acharnés de l’avortement et du droit à mourir dans la dignité, et l’homophobie est malheureusement présente dans toutes les civilisations du globe. Défendre des principes humanistes oblige à irriter des individus de multiples horizons. Il fut un temps, pas si éloigné, où la lutte avait pour but l’égalité des hommes quelle que soit leur couleur de peau. Cette lutte se faisait au nom d’une valeur universelle, et elle se heurtait à des habitudes, des préjugés, des traditions (tout ce qui constitue une culture), que ce soit en Alabama ou en Afrique du Sud.
Il a toujours fallu du courage pour défendre ces valeurs universelles. Je ne doute pas que les médecins israéliens qui refusent de se plier aux injonctions de leur gouvernement en aient besoin en ce moment. Puissent-ils nous servir d’exemple.