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Un endroit où faire connaissance avec mes romans

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Le FN et la stratégie de l'amibe

Les résultats de l’élection cantonale de Brignoles ont inspiré pléthore de commentaires et d’analyses, bien plus que ce qu’il serait raisonnable d’attendre au sujet d’un scrutin de cette envergure. Mais il s’agit du Front National, et les media aiment en parler, comme ils aiment parler des virus qui pourraient décimer l’Humanité (terrifiante grippe aviaire et ses soixante morts en une année au sein d’une population de plus d’un milliard d’individus), des trains qui déraillent, des paquebots qui coulent et de tout ce qui peut faire peur. Pourtant, si l’on doit éviter de tomber dans une psychose irraisonnée, les questions soulevées par cette élection ne sont pas sans intérêt.

Parmi les discussions sur le « front républicain », les constatations à propos de l’inertie des électeurs de gauche déprimés ou celles concernant la dérive des propos tenus par les leaders de l’UMP, un micro-trottoir a retenu mon attention. Une électrice visiblement déterminée à glisser dans l’urne un bulletin FN déclarait devant la caméra : « On a essayé la droite, ça ne marche pas, on a essayé la gauche, ça ne marche pas non plus ; pourquoi ne pas essayer le Front National ? »

Cette réflexion a déclenché dans mon esprit un processus « madeleine de Proust », et je me suis revu avec nostalgie en étudiant attentif pendant un cours de Biologie. Il y était question de la méthode des essais et des erreurs chez les protozoaires. Une amibe qui rencontre un obstacle (« ça ne marche pas ») se déplace et tente de passer plus loin (« pourquoi ne pas essayer autre chose ? ») Ainsi ce type de comportement est incontestablement le plus primitif qui puisse exister chez les êtres vivants. Quelques milliards d’années d’évolution auraient dû conduire l’espèce humaine à un autre niveau dans la manière d’effectuer ses choix. Notons tout de même que l’empirisme, qui précède l’ère scientifique, est une attitude humaine et relève du même principe que celui adopté par l’amibe. « Ce champignon brunâtre n’est pas très bon ; je vais en goûter un autre. Le marron tout fripé n’est pas terrible non plus. Essayons plutôt le joli blanc à pois rouges ». C’est sur de telles bases que s’est construit la connaissance humaine, et que la connaissance transmise oralement, puis par l’écrit, a permis la naissance des civilisations et le développement de la Science. Nous en sommes arrivés au point où des bases de données sous diverses formes permettent de savoir que le joli champignon à pois rouges est une amanite mortelle, et qu’en principe il n’est plus nécessaire d’envoyer un goûteur au casse-pipe pour s’en rendre compte.

En matière de choix politiques, il existe également une base de données qui s’appelle l’Histoire, consultable par qui veut bien s’en donner la peine, et qui peut inciter l’électeur moyen à continuer de bouffer des champignons bruns, même s’ils ne flattent pas son goût, plutôt que de préparer une fricassée d’amanites. D’ailleurs, si le FN se hérisse tant contre l’appellation « extrême-droite », c’est moins à cause d’un caractère prétendument insultant de cette étiquette, que par crainte d’être renvoyé à une référence précise du grand livre de cuisine de l’Histoire. Convaincre tout le monde qu’on est une espèce de champignon absolument nouvelle est préférable que d’être catalogué comme le plat qui a refilé de mémorables indigestions à l’Humanité tout entière.

C’est un moyen d’inciter à l’empirisme, à la stratégie de l’amibe, et à emprunter une voie soi-disant inédite, alors qu’il s’agit d’un sentier maintes fois parcouru.

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