Un endroit où faire connaissance avec mes romans
Il n’aura pas fallu longtemps au gouvernement français pour rétropédaler face aux tenants de l’orthodoxie budgétaire installés à Bruxelles et Berlin. Si, si, en fin de compte, nous allons faire de gros efforts pour tailler dans nos dépenses et tenter de nous rapprocher de cette fameuse barre des 3% de déficit. Ce seuil commence à être célèbre, connu de tous. On finirait par croire que ce serment de passer en dessous d’un déficit des finances publiques inférieur à 3% du PIB est l’alpha et l’oméga de la politique européenne. Des grands projets communs ? De grands travaux ? Un nouvel Airbus (naval, ferroviaire, énergétique, au choix) ? De cela, on n’entend jamais parler. Les 3% semblent être notre objectif ultime, notre Saint Graal, la quête qui doit cimenter les peuples du continent. Au moins avant, il y avait l’euro. On en pense ce qu’on veut, et il y aurait beaucoup à dire, mais l’idée de posséder une monnaie commune me semblait être un but un peu plus concret et un peu plus attrayant que celle de passer un jour tous ensemble au-dessous d’un seuil de 3% du PIB pour les déficits des finances publiques. On a les rêves qu’on peut, et sans doute les rêves qu’on mérite.
Mais puisque l’Europe s’est réduite à une histoire de chiffres et de pourcentages, il y en a un autre, de pourcentage, dont on n’entend jamais parler, et qui pourrait pourtant être mis en avant par nos dirigeants : 2%.
2% de quoi ? Du PIB, là encore. Une barre, un seuil, un objectif, là également. Celui que les membres de l’OTAN se sont engagés à atteindre pour leurs dépenses consacrées à la Défense. Inutile de dire que les Etats-Unis et leur colossal appareil militaire sont dans les clous. Mais il s’agit de l’Europe. Et en Europe, seuls trois pays jouent le jeu : La Grande-Bretagne, la Pologne, et la France. Les armées de la Belgique (capitale Bruxelles, d’où on nous fait les gros yeux) et des Pays-Bas sont en état de dissolution avancée. Celles de l’Italie, de l’Espagne, de la Grèce, sont démolies pour raisons de crise et de budget qui va avec. Celles des ex-pays du bloc de l’Est (exception faite de la Pologne, vraisemblablement instruite par son histoire) peinent à effectuer la transition ex-empire soviétique-OTAN. Mais que dire de pays comme l’Autriche ou l’Allemagne, aux économies solides, promptes à nous fustiger à propos des 3%, mais plutôt oublieuses des 2%. Il est plus facile de maîtriser un budget si on laisse peu à peu tomber les dépenses militaires. Quitte à se reposer en matière de Défense sur ceux qui font l’effort. A tel point que les Autrichiens, comble du culot, envisageraient de dériver vers la situation des pays baltes, qui s’en remettent aux autres pour la protection de leur espace aérien. Sauf que l’Autriche n’est pas l’Estonie ! Elle a les moyens d’entretenir un appareil militaire conséquent.
Peut-être faudrait-il avoir le courage de dire à ceux de nos voisins qui nous tordent le bras pour nous contraindre à prendre une tronçonneuse pour tailler dans nos dépenses que nous pourrions en discuter le jour où eux-mêmes feront un effort comparable au nôtre en matière de Défense. Nous pourrions aussi leur proposer d’exclure les dépenses militaires du calcul des fameux 3%. Nous pourrions (ou plus exactement, nos dirigeants pourraient) taper un peu du poing sur la table et leur demander de qui se moque-t-on ? Mais sans doute s’agit-il, au même titre que d’éventuels projets de grands chantiers menés en commun, d’un rêve à propos de l’Europe.