Un endroit où faire connaissance avec mes romans
Tout d’abord, le titre de cet article n’est que le détournement d’un slogan bien connu, nullement une insulte envers les abstentionnistes. D’une part, j’en connais de très honorables, d’autre part, la vie est pleine de pièges à cons, dans lesquels il m’est souvent arriver de tomber. Mon propos est simplement d’expliquer pourquoi il faut aller voter, malgré tout ce qui donne envie de ne pas le faire.
Premièrement, des hommes et des femmes sont chaque jour emprisonnés, torturés, exécutés, parce qu’ils réclament ce droit que tant d’entre nous dédaignent. Question d’éducation, il m’est très difficile de ne pas apprécier quelque chose que je possède alors que beaucoup de mes semblables en sont privés. Nous vivons, souvent sans nous en rendre compte, dans une société d’abondance. Même si notre République est imparfaite, elle nous fournit une « abondance de démocratie » (élections nombreuses, non truquées, presse libre, etc…)
Deuxièmement, tout ce qui n’est pas suffisamment utilisé a tendance à disparaître. Surtout si cela coûte de l’argent. Postes pas assez fréquentées, hôpitaux qui n’accomplissent pas assez d’actes, lignes de chemins de fer qui ne véhiculent pas assez de passagers. Il y aura bien un jour un technocrate qui fera remarquer que les élections reviennent cher à organiser pour la poignée d’individus qui daignent encore y participer. Il est assez illogique de pester contre le pouvoir confisqué aux citoyens par des officines bruxelloises non issues des urnes, et de bouder en même temps le pouvoir que nous détenons encore.
Troisièmement, je note une autre absurdité majeure dans le raisonnement des abstentionnistes. Le « tous pourris ». Inutile de voter pour des politiques, puisqu’ils sont « tous pourris ». Hormis le fait qu’il n’est pas interdit aux contempteurs des hommes et des femmes politiques de créer un parti vertueux (encore une liberté dont nous bénéficions), l’observation attentive de l’information devrait permettre d’effectuer un tri entre ceux qui sont (jusqu’à preuve du contraire) honnêtes, et ceux qui ont ou ont eu maille à partir avec la Justice. Etonnamment, le premier tour des municipales a permis à une kyrielle de personnages (droite et gauche confondues), qui traînent derrière eux des batteries de casseroles, d’être élus maires ou de se trouver en bonne place pour y parvenir. Un bulletin de vote peut servir à sanctionner les adeptes des abus de biens sociaux, de l’achat des votes ou de l’inscription des morts sur les listes électorales. Au final, dans une démocratie, on a souvent les représentants que l’on mérite. Je ne cesse de m’interroger sur notre pays qui vilipende la malhonnêteté de ses dirigeants, et confie des mandats, imperturbablement, à des hommes et des femmes dont il est de notoriété publique qu’ils ont été condamnés par la Justice.
Quatrièmement, il faudra un jour qu’enfin tout le monde comprenne que la démocratie (le pire des systèmes à l’exception de tous les autres) n’est pas une machine à produire des rêves, mais un engin à éloigner les cauchemars. Les élus d’une honnêteté scrupuleuse, francs, compétents, exemplaires dans leur vie privée (exemplaires pour qui, d’ailleurs, nous n’avons pas tous les mêmes conceptions en la matière, heureusement) et par-dessus le marché beaux comme des stars hollywoodiennes histoire de représenter avantageusement leur pays dans les réunions internationales, n’existent pas. Et quand bien même existeraient-ils, ils auraient les mêmes difficultés que des magouilleurs menteurs et moches face aux réalités du monde actuel. Désolé pour les utopistes, mais nos votes ne nous donneront jamais la société parfaite dont nous rêvons chacun de notre côté. Pour cela, il faudrait que la nature humaine (celle des politiques, et celle de ceux qu’ils gouvernent) change profondément. Nos votes ne servent pas à amener des dirigeants idéaux au pouvoir. Ils servent seulement à en éloigner ceux qui pourraient être pire que tous ceux dont nous avons l’habitude.
Chers abstentionnistes, vous refusez de choisir entre la peste et le choléra. Vous laissez d’autres choisir à votre place. Comme vous, j’aimerais mieux avoir la possibilité d’opter pour la bonne santé. Mais il y a des pathologies qui sont préférables pour un malade. Elles font moins de dégâts. A force d’être dégoûtés par le choléra, vous réussirez à nous faire tous attraper la peste. En l’occurrence, la peste brune.