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MAUDITS FONCTIONNAIRES !

Une des dernières déclarations d’Emmanuel Macron n’est pas passée inaperçue. Son ballon d’essai sur le statut des fonctionnaires a suscité de nombreuses réactions. A gauche Martine Aubry s’est fendue en gros d’un « ferme ta gueule », tandis que la droite goguenarde l’invitait à rejoindre ses rangs, où, parait-il, on n’aurait aucun scrupule à rendre l’emploi aussi instable dans la fonction publique que dans le privé.

Ce qui me semble dommage, c’est l’absence totale d’explications et d’analyse sur le sujet. Les média se sont contentés de pointer l’atteinte à l’électorat traditionnel de la gauche, comme si la politique se résumait à un simple clientélisme. Chez les élus, c’est Claude Bartolone qui est allé le plus loin, se contentant de dire que la chose publique était le seul bien des pauvres ; ce qui est vrai, mais plutôt succinct.

Pour creuser un peu le sujet, il suffit d’imaginer ce que serait une fonction publique sans emploi garanti : à terme, la fin de la démocratie. Pas besoin d’être grand clerc pour savoir que chaque fonctionnaire disposant d’un pouvoir régalien est constamment soumis à des pressions diverses pour orienter ses décisions. Pour certains, la perspective d’une carrière riche en promotions s’il prend la « bonne » décision ou plus laborieuse s’il prend la « mauvaise » suffit à lui faire ranger son éthique au placard. Mais sachant que leur emploi ne peut pas être menacé par une hiérarchie soucieuse de complaire à tel ou tel individu doté d’un bras à rallonge, la plupart peuvent se permettre d’agir en respectant uniquement les règles et la loi, identiques en théorie que l’on soit puissant ou misérable. Songez à une société où chaque juge, chaque policier serait assis sur un siège éjectable (dont le déclenchement appartiendrait à qui, d’ailleurs ?)

Admettons que l’on exclue du projet « macronnien » les fonctionnaires dotés de pouvoirs régaliens. Admettons que l’on prive de la sécurité d’emploi, au hasard, les enseignants, les médecins et les infirmières du secteur hospitalier, et ceux qui travaillent dans l’administration des impôts. Croyez-vous qu’à terme l’égalité des citoyens en matière d’éducation, de santé et de contribution au trésor public serait respectée ? Ne pensez-vous pas qu’une élite dotée d’un bon carnet d’adresses finirait par disposer d’un parcours scolaire taillé sur mesure pour ses enfants, d’un accès privilégié aux soins et d’une mansuétude accrue pour sa fraude fiscale ? Ce ne sont que quelques exemples. L’inégalité pourrait atteindre tous les secteurs de la vie en société.

La garantie pour un fonctionnaire d’être « intouchable » en ce qui concerne son emploi n’est pas forcément suffisante pour s’assurer qu’il sera impartial en toutes circonstances, mais elle est nécessaire. L’impartialité de la fonction publique profite d’abord à ceux qui ont le moins de défense, aux plus pauvres, aux plus fragiles. C’est pourquoi elle constitue un des fondements d’une démocratie.

Quant à ceux qui râlent contre les « privilèges » des « planqués » de fonctionnaires, qu’ils sachent que les concours de la fonction publique sont ouverts à tous ; les concours, ce vieux truc de la méritocratie républicaine, qui a remplacé le système de l’Ancien Régime, le bon vieux temps où l’on pouvait acheter des charges.

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