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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 16:12

Presque deux ans et demi avant les événements tragiques du 7 janvier 2015, j’avais écrit un article à propos des croyances religieuses et du droit (et du devoir) qu’ont les journaux satiriques (notamment Charlie Hebdo) de s’en moquer librement. En le relisant aujourd’hui, je pense que je n’ai pas besoin d’en changer une seule ligne. Voici donc ce texte, qui me permet de prétendre qu’à l’époque, « j’étais Charlie » :

L'action de mon roman "Le Maître des ombres" se déroule une vingtaine d'années dans le futur. Mais comme toujours avec la Science-Fiction et l'Anticipation, ce qui me fait craindre le type de conflagration que j'y décris existe déjà, sous nos yeux, à notre époque.

Pour un quinquagénaire comme moi, quelqu'un dont la jeunesse s'est passée dans les "seventie's", l'emprise toujours croissante du religieux sur la société est véritablement effrayante. C'est une progression insidieuse, que ne perçoivent peut-être pas aussi bien les gens de moins de quarante ans, mais elle est constante, et j'ai peur qu'elle ne soit en train de s'accélérer.

Je veux être clair sur deux points:

Tout d'abord, que les hommes se préoccupent de spiritualité me semble naturel et même souhaitable. La foi est éminemment respectable, et que chacun soit libre de chercher (ou pas) une vérité transcendante, de tâtonner dans les méandres de sa conscience pour déterminer s'il possède une âme éternelle, et de s'essayer à des contacts avec l'ineffable lumière du divin, par la prière, le jeûne, la mortification, ou même en absorbant toutes sortes de psychotropes (ça c'est l'héritage des "seventie's" dont je parlais tout à l'heure), je ne vois pas qui cela pourrait déranger. Cependant, on l'aura compris, cette quête est quelque chose d'intime. Rien ne devrait être plus intime que la quête spirituelle (même le sexe). Là où les choses commencent à se dégrader, c'est lorsque cette quête devient codifiée et ritualisée; et rien ne va plus lorsque codes et rites deviennent des dogmes. Et si des groupes d'individus vous expliquent que ces dogmes sont en fait la parole de Dieu (si, si, Il leur parle, à eux, pas à vous) et que vous avez sacrément (c'est le cas de dire) intérêt à les respecter, alors c'est qu'on est en train de toucher le fond. En gros, l'évolution que je viens de décrire, c'est ce qui conduit aux théocraties. Spiritualité, puis religions, puis théocraties. Si nous pouvions en rester à la première étape...

Deuxièmement, le problème que je décris n'est pas propre à l'Islam. Je suis effaré que des gens censément cultivés et intelligents développent des théories sur la particularité de l'Islam en tant que religion (incompatible avec la démocratie, intrinsèquement misogyne, fondamentalement rétrograde, etc, etc...) L'Islam n'est pas plus nocif que les autres croyances. L'obscurantisme, l'homophobie, la misogynie, existent potentiellement dans toutes les religions. Placez-vous à des endroits et des périodes différentes, vous y contemplerez la bêtise crasse des chrétiens ou les abominations commises par les bouddhistes (l'époque est à imaginer que les musulmans sont fanatiques et les bouddhistes gentils; aux temps où ces derniers cherchaient à supplanter le Taoïsme en Chine, ils n'avaient rien d'angélique). Il existe des cycles, tout simplement. Ceux qui dévoient la spiritualité pour en faire un instrument d'asservissement sont dangereux lorsqu'ils sont puissants. Et l'Histoire nous apprend que les martyrs de la foi deviennent quelques générations plus tard d'ignobles bourreaux. Voyez le film "Agora", d'Alejandro Amenabar. C'est un chef d'œuvre. Il montre tout cela, à la perfection. Vous pouvez intervertir païens et chrétiens, païens et juifs, remplacer les chrétiens par les musulmans (qui n'existaient pas encore), toute sa démonstration reste parfaite. Pour éviter les problèmes, les religions ne doivent pas obtenir une once de pouvoir. Cela s'appelle la laïcité. Notre système. Alors battons-nous pour le conserver.

Nous en arrivons à l'actualité. Passons sur le film stupide réalisé avec des bouts de ficelle et instrumentalisé par des intégristes saoudiens (avant que ces derniers ne l'utilisent, il avait été vu 500 fois...) Il ne mérite aucun commentaire. Ce qui doit nous préoccuper, nous, citoyens français, c'est le choc entre la liberté d'expression (loin d'être absolue d'ailleurs mais encadrée par des lois) et la susceptibilité religieuse. Chacun pense ce qu'il veut de Charlie Hebdo, un journal que je lis de temps en temps depuis des décennies. Charlie, c'est comme Groland; parfois on éclate de rire, et parfois on trouve les vannes lourdes et de mauvais goût (notons que le voisin peut rire à ce que l'on a trouvé affligeant, et vice versa) Mais de l'eau a coulé sous les ponts depuis Voltaire et le chevalier de La Barre. De l'eau et du sang, beaucoup de sang, celui des hommes et des femmes qui ont lutté pour la démocratie et son corollaire, la liberté de dire, d'écrire, de se moquer et de blasphémer. Vous je ne sais pas, mais moi je n'ai pas envie de renoncer à ça.

Charlie Hebdo n'a cessé de pourfendre, à sa manière, lourde, bien grasse (des fois ce genre d'humour peut être hilarant, je le répète) les travers des religions; de toutes les religions. Les Musulmans qui avaient porté plainte contre le journal une première fois le savent, c'était une des lignes de défense de Charlie. L'Islam n'est pas spécialement visé. Toutes les religions peuvent être visées. Et c'est tant mieux, comme je l'ai déjà dit, elles sont toutes potentiellement dangereuses. Il faut que cela continue. Parce que le jour où cela s'arrêtera, ce sera un mauvais signe; un très mauvais signe.

Les croyants sincères n'ont pas à s'inquiéter. Personne ne les dérangera dans leur quête spirituelle (qui peut se faire à la maison ou dans toutes sortes de lieux de culte). Veiller à ce que cela perdure fait d'ailleurs partie des devoirs de notre démocratie laïque. Que l'on rigole grassement de leurs croyances ne doit pas les bouleverser. Personnellement les dessins de Charlie sur le Christ m'ont souvent fait marrer. Cela ne m'empêche pas de me servir du Nouveau Testament pour tenter d'être éclairé sur certaines choses. Le Coran recèle des merveilles, comme la Torah ou les Evangiles. En tout cas si on veut bien faire l'effort de les trouver. Les textes sacrés sont une auberge espagnole; lisez-les avec un cœur plein d'amour, de tolérance et de compassion, vous y trouverez des montagnes d'amour, de tolérance et de compassion. Les vindicatifs pourraient bien y trouver, eux, d'excellentes raisons de s'en prendre à tous ceux qu'ils considèrent comme des mécréants. C'est pourquoi la quête spirituelle doit demeurer intime, mais la vie et l'expression publique régies par les lois. Quant à un dessin, une phrase, une plaisanterie, en quoi pourraient-ils mettre en péril la foi des croyants? Et regardez-les bien, ces dessins de Charlie-Hebdo. Ce qu'ils moquent, n'est-ce pas davantage le fanatisme que la foi, l'hypocrisie des bigots plutôt que la spiritualité? J'ai au moins vu un dessin qui pour moi s'en prenait clairement à la manière stupide et de mauvaise foi dont le film ridicule sur le prophète Mahomet attaquait les musulmans.

Il y a des choses dont les hommes de différentes confessions pourraient rire ensemble: la tartufferie, la bigoterie, l'intolérance. Et des choses dont ils pourraient s'émerveiller ensemble. Comme la première sourate du Coran:

Au nom de Dieu :

Celui qui fait miséricorde,

Le Miséricordieux.

Louange à Dieu,

Seigneur des mondes :

Celui qui fait miséricorde,

Le Miséricordieux,

Le Roi du jour du Jugement.

Si nous tous ne devons retenir qu'un mot, retenons ce mot de miséricorde. Faisons tous l'effort de tenter de nous montrer miséricordieux, comme ce dieu que célèbre le Coran. Sans cela, sans miséricorde, les religions nous conduirons tout droit au futur décrit dans "Le Maître des ombres".

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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 12:21

Le nouveau pape possède les vertus de notre époque, de la même façon que Jean-Paul II les possédait. Contrairement au retraité Ratzinger, et à l’instar du défunt Polonais, il est un bon communiquant. Le malheureux Benoît XVI, intellectuel pétri de théologie, se perdait trop dans les méandres sans fin de la pensée catholique, fleuve deux fois millénaire charriant des eaux opaques tout au long d’un trajet sinueux divisé en de multiples branches et nourri d’innombrables affluents. A l’époque de tweeter et des pensées exprimées en trois lignes, Benoît XVI était un moine copiste cherchant une vérité au sein d’un dédale sans fin de textes sur la foi, une bonne manière de noyer ses ouailles dans le fleuve susmentionné.

François est, pour sa part, un puncheur. Un as de la formule choc. Il pourrait, justement, tweeter le fruit de ses réflexions. Par exemple « un bon catholique n’est pas un lapin ». Fort bien. Terminé donc le « croissez et multipliez », célèbre assertion biblique, que l’on oublie en général de citer intégralement en précisant « remplissez la Terre », fin de l’injonction divine. Si l’on considère que la Terre est plus que pleine, qu’elle aurait même tendance à déborder, alors le boulot est achevé, et le lapinisme doit prendre fin. François est donc raccord avec la Bible, c’est le moins qu’on puisse attendre d’un pape. Sauf qu’il ne précise rien en ce qui concerne les moyens de suivre son conseil. C’est le problème avec les tweets, ils sont courts, et ne permettent pas de développer des arguments. Du coup débrouillez-vous avec l’interprétation. Faut-il comprendre que la contraception n’est plus maudite ? (mais là c’est un énorme tabou du catholicisme que le pape voudrait renverser) Irait-il jusqu’à autoriser l’avortement ? (inconcevable) Ou bien les catholiques sont-ils sommés d’adopter une vie monacale ? François décoche des formules avec l’aisance d’un bon communiquant, mais les slogans publicitaires laissent la part belle au rêve et à l’imagination.

Deuxième tweet qui déchire : « Si quelqu’un manque de respect à ma mère, il risque de s’en prendre une ! ». En référence aux blasphémateurs de Charlie Hebdo, qui après avoir été abondamment pleurés avec une compassion chrétienne de bon aloi, se trouvent brutalement remis à leur place de vilains provocateurs mécréants qui ont reçu ce qu’ils méritaient. A nouveau, le pape laisse les croyants dans l’incertitude. Face au blasphème, comment réagir ? S’en tenir aux évangiles ? (Mathieu, 5, 39 : « Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre ») Les évangiles, c’est quand même la source du fleuve précédemment évoqué. L’eau limpide qui jaillit pour désaltérer le croyant. Notez que le Christ ne parle pas de moqueries ou d’injures (lui qui en subit continuellement) mais de coups. En ce qui concerne les insultes, il me semble que les évangiles démontrent que Jésus y répondait par un art consommé de la rhétorique, plaçant toujours ceux qui l’agressaient face à leurs contradictions. Quant à la violence… Matthieu, 26, 52-53 : « Remets ton épée en place ; car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. Penses-tu que je ne puisse pas invoquer mon Père, qui me donnerait à l’instant plus de douze légions d’anges ? »

Nous voilà donc avec un pape, si j’ose dire, plus royaliste que le roi. Si quelqu’un insulte sa mère (symboliquement sa foi), il pourrait prendre exemple sur celui qui devrait être son modèle et répliquer dans le même registre, voire avec plus de drôlerie (« ta mère, elle est tellement… etc… »). Mais avec François, c’est le bourre-pif qui part. Et si on lui en met un, de bourre-pif ? Et mieux, si on l’arrose à la kalachnikov ? Parce que c’est quand même à ce niveau d’escalade que des gens qui avaient le sentiment d’être insultés en sont arrivés.

Et puis, renversons un peu les rôles. Admettons que vous soyez athée. C’est aussi respectable que d’adhérer à n’importe quelle religion. Admettons que vous soyez profondément choqués par certaines atteintes à vos principes, principes qui ne reposent pas sur des révélations surnaturelles, mais sur, en vrac, les enseignements des penseurs grecs de l’Antiquité, ceux des philosophes des Lumières, et ceux des scientifiques contemporains. Si vous considérez comme une ânerie dangereuse pour l’Humanité le fait d’interdire l’usage du préservatif (SIDA et autres MST + Surpopulation), si vous considérez qu’une telle absurdité est une insulte à la raison (votre mère), que proférer cette connerie urbi et orbi est un blasphème contre l’intelligence, que devez-vous faire ? Mettre un coup de boule au premier curé que vous croisez ? Vandaliser une église ? Ou pire ? Pourtant ce serait justifié selon la logique du pape François. On a insulté votre mère la raison ! Et quand on insulte votre mère, attention, il faut s’attendre à une réplique musclée !

Je saurais infiniment gré à la personne réputée infaillible qui est le berger du troupeau catholique :

  • Premièrement de s’appuyer davantage sur le texte qui est censé constituer le fondement de sa religion, ce qui permettrait à tout le monde, croyants qui le contemplent de l’intérieur de l’institution, et tous les autres qui l’observent de l’extérieur, de mieux comprendre et de mieux accepter ce qu’il déclare (notamment en ce qui concerne l’usage de la violence)
  • Deuxièmement de se mettre à la place, non seulement de ceux qui pratiquent une autre religion que la sienne (ça il le fait plutôt bien), mais surtout de ceux qui n’en pratiquent aucune.

Les athées, cher pape François, s’ils ne croient pas en une vérité révélée, n’en sont pas moins dotés d’une conscience. Ils ont des valeurs qui leurs sont chères, des principes qu’ils essaient de défendre, des convictions qu’ils n’aiment pas voir foulées aux pieds. Personne en France n’agresse les fidèles dans les églises au motif que des billevesées en matière de sexualité sont proférées par l’institution qui les chapeaute. Les excités qui braillent devant les hôpitaux où se pratiquent des avortements ne se font pas molester. Nul libre penseur n’a appelé à répondre à coups de poing aux crimes de lèse-raison que l’Eglise catholique commet depuis si longtemps. Alors faites comme nous. Si on se moque de ce que vous avez de plus cher, argumentez, répondez sur le même registre, et pardonnez à ceux qui ne savent pas ce qu’ils font.

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 13:58

 

Le 1er juillet 1766, à Abbeville, François-Jean Lefebvre de La Barre eut les os des jambes brisés avant d’être décapité. Puis on brûla son corps avec un exemplaire du Dictionnaire Philosophique de Voltaire cloué sur le torse. Il avait été conduit à l’échafaud en chemise, la corde au cou, affublé d’une pancarte mentionnant : « impie, blasphémateur et sacrilège exécrable ». Les crimes dont il avait été reconnu coupable étaient : « avoir passé à vingt-cinq pas d’une procession sans ôter son chapeau qu’il avait sur sa tête, sans se mettre à genoux, d’avoir chanté une chanson impie, d’avoir rendu le respect à des livres infâmes. »

Le 7 janvier 2015, à Paris, Stéphane Charbonnier, Jean Cabut, Georges Wolinski, Bernard Verlhac  et Philippe Honoré furent criblés de balles en compagnie de sept autres personnes. On laissa leurs corps au milieu d’une mare de sang mêlé à leurs caricatures « impies, blasphématrices et sacrilèges ». Les crimes dont ils avaient été reconnus coupables étaient : « avoir passé leur temps à rire des religions au lieu de leur montrer tout le respect qui leur est dû, ne s’être agenouillés devant aucun dieu, avoir proféré des propos impies à longueur de colonnes, s’être moqué des prophètes ».

250 ans, les Lumières, la Révolution française, les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat, les avancées de la Science. Mais le cœur des hommes peut toujours contenir autant de haine, leur esprit autant de folie, leur âme autant d’obscurité.

 

 

 

 

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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 15:57

Jusqu’ici, 9 arts sont comptabilisés (le plus récemment entré dans la liste étant la BD). Je militerais bien pour que le 10ème art soit la série TV. Bien sûr, il y a déjà le cinéma, le 7ème art, et une série, ça n’est jamais qu’un film découpé en morceaux, non ? Pas du tout ! Avec les saisons qui se succèdent, une série peut durer 20 à 50 fois plus longtemps qu’un film ; les possibilités narratives ne sont plus les mêmes, la façon de raconter l’histoire change complètement. La série, c’est le 10ème art ! Et en voici 10 à ne pas louper. L’ordre dans lequel elles apparaissent n’est pas un classement, pour moi il n’y a pas de hiérarchie.

Petite parenthèse, les goûts et les couleurs ne se discutant pas, vous trouverez sans doute que telle série que vous avez adorée méritait bien davantage de figurer dans ce palmarès que telle autre que j’ai sélectionnée. Sachez que moi-même j’ai renoncé à y faire figurer des séries que j’ai beaucoup aimées. Il n’y a que 10 places. Et des tas de raisons pour ne pas figurer dans les 10 : séries prometteuses mais ne comportant pas assez de saisons pour être jugées (The Americans, Orange is the New Black, House of Cards, Banshee, Vikings) ; séries qui, au contraire, se sont usées au fil du temps en durant trop (E.R., Dr House, Desperate Housewives) ; séries qui ont démarré sur les chapeaux de roue avant de tourner en jus de boudin (Lost, Prison Break) ; séries traitreusement abattues en plein vol (Flashforward, Detroit 1-8-7) ; séries tirant un peu trop sur la même ficelle (Californication, The Walking Dead, True Blood) ; bonnes séries mais qui finissent par nous gaver avec le système judiciaire américain (Damages, The Good Wife, Suits) ; séries sympa manquant un peu d’épaisseur (Veronica Mars, Hung) ; excellentes séries plombées par une « saison faible » (Dexter, Homeland) ; séries que je n’ai pas vues (je ne demande qu’à les découvrir, faites votre propre palmarès pour m’aider !) Et au fait, il n’y a que des séries américaines. Aucun championnat de Basket-Ball dans le monde n’est au niveau de la NBA ; pareil pour les séries, les Américains sont les plus forts, de très, très loin.

 

TREME (4 saisons)

Pas de suspense frénétique, de rebondissements spectaculaires, d’épisodes s’achevant sur d’insoutenables interrogations. Treme, c’est le nom (français) d’un quartier de la Nouvelle-Orléans. La série éponyme raconte, avec la lenteur et la majesté du fleuve Mississipi, la vie de quelques-uns de ses habitants, blancs et noirs, dont les destins se croisent et s’entrechoquent, après le passage de l’Ouragan Katrina. L’exploit de Treme est de parvenir, en délaissant toutes les ficelles scénaristiques habituelles, à demeurer puissamment addictive le long de ses quatre saisons. Ou plutôt de ses trois saisons et demie, la quatrième étant une saison raccourcie ; encensée par la critique, la série était sans doute un peu trop atypique pour captiver un nombre de spectateurs suffisant aux Etats-Unis et faire durer le projet. Pourtant, Treme est une expérience unique que je vous conseille fortement. Impossible de ne pas aimer ses personnages, impossible de ne pas rire et souffrir avec eux, impossible de ne pas avoir envie de replonger à chaque épisode dans l’univers de la Nouvelle-Orléans, dans ses couleurs et sa musique. Regardez Treme. Et très vite, dès que vous entendrez le générique, vous serez heureux, et vous aurez envie de danser.

 

SIX FEET UNDER (5 saisons)  

Difficile d’imaginer a priori qu’on puisse bâtir 5 saisons autour de la vie d’une famille d’entrepreneurs de pompes funèbres. Même si aux Etats-Unis, l’embaumement des corps revêt une grande importance (cérémonies avec le cercueil ouvert pour dire au revoir au défunt), le pari semblait risqué. Mais Six Feet Under réalise l’exploit de passionner le spectateur d’un bout à l’autre, grâce à sa profondeur quasi-philosophique, l’humanité de ses personnages et son humour omniprésent. Si Peter Krause trouve là le meilleur rôle de sa carrière, si Michael C. Hall se fait remarquer au point d’être choisi pour plus tard incarner Dexter, si Richard Jenkins (réduit à l’état de fantôme dès le début du premier épisode) et James Cromwell sont parfaits comme toujours, de mon point de vue, les actrices de la série arrachent la vedette aux hommes. Frances Conroy est géniale en mère évaporée, Rachel Griffiths extraordinaire en nympho déjantée, et Lauren Ambrose sublime en ado borderline (comment n’a-t-elle pas fait une carrière de premier plan après ce rôle ?). Ajoutons que la fin de la série est très certainement le point final le plus réussi, le plus magnifique que j’ai eu l’occasion de voir.

 

FRIDAY NIGHT LIGHTS (5saisons)

Encore un sujet qui au premier abord pourrait n’avoir rien de passionnant (surtout pour des Français). Toute l’histoire s’articule autour de l’équipe de football (américain) du lycée d’une ville du Texas (Dillon, un bled imaginaire). Culs-bénis invétérés (on prie avant les matches de foot, et Dieu est censé être du côté de l’équipe des Panthers), ces bouseux du Texas au milieu desquels on peine à découvrir la moindre affinité pour le parti démocrate n’ont rien théoriquement pour engendrer l’identification. Là où Friday Night Lights est phénoménale, c’est que l’humanité des personnages s’avère tellement intense qu’elle crée une formidable empathie et transcende les différences qui peuvent exister entre eux et le spectateur français moyen. Entre tragédies personnelles (handicap, alcoolisme, absence des parents) et galères collectives (pauvreté des moyens consacrés à la santé et à l’éducation, tensions raciales), les protagonistes de la série nous font partager leurs souffrances et leurs espoirs, guidés par un coach certes parfois un peu psychorigide à la sauce texane, mais doté de qualités humaines rares. Et peu à peu, chaque spectateur devient un supporter inconditionnel de son équipe.

 

THE WIRE (5saisons)

Avec le même créateur (David Simon), rien d’étonnant à ce que The Wire offre des caractéristiques assez proches de celles de Treme en terme d’écriture. Comme dans Treme, la ville, cette fois-ci Baltimore, est un élément central. On retrouve la même profondeur d’analyse en matière socio-politique, la même critique sous-jacente de la société américaine, le même travail très fouillé sur la psychologie des personnages, dont aucun n’est une caricature ou un archétype. On retrouve également le même rythme un peu lent, la même volonté d’esquiver la facilité d’un enchaînement frénétique de pirouettes scénaristiques (classique dans beaucoup de séries) pour mieux se consacrer au fond du sujet. Avec, en toute logique, le même résultat, c’est-à-dire un immense succès critique doublé d’un résultat commercial plus décevant. The Wire est une sorte d’analyse, à travers des enquêtes policières menées par des flics désabusés mais obstinés, de la désagrégation des cités américaines (Baltimore pourrait être remplacée par n’importe quelle mégalopole des USA), colosses impressionnants rongés de l’intérieur par la drogue, la corruption, la désindustrialisation et la misère qui en découle. A noter que d’excellents acteurs de The Wire ont aussi joué dans Treme, pour notre plus grand plaisir (Clarke Peters, Wendell Pierce)

 

THE SOPRANOS (6 saisons)

Dur d’être le parrain de la mafia du New-Jersey. C’est ainsi qu’on peut résumer The Sopranos, série culte qui nous fait partager les vicissitudes d’une famille italo-américaine dont le chef Tony (prodigieux James Gandolfini) doit se coltiner non seulement les soucis inhérents à son rôle de pater familias, mais aussi ceux qui arrivent en cascade du clan mafieux auquel il appartient. Tellement de pression qu’il en fait des malaises psychosomatiques et doit consulter une psy !  La plus grande réussite de The Sopranos, c’est de dépeindre à la perfection une galerie de personnages mijotant depuis leur plus tendre enfance dans les codes des truands italo-américains, marqués à la fois par une avidité sans bornes et une propension à recourir à la violence pour n’importe quoi, tout en restant profondément attachants. C’est une qualité constante des bonnes séries de donner cette épaisseur aux personnages. Dans le cas de The Sopranos, le défi était particulièrement relevé, tant les protagonistes font le grand écart entre ce qui fait d’eux des individus ordinaires dans leurs sentiments à l’égard de leurs proches, et des êtres retors, cruels et obsédés par l’argent dans leurs rapports « professionnels ». D’autant plus que les proches et les relations d’affaires sont souvent les mêmes… Excellents acteurs, avec une mention spéciale à Nancy Marchand dans le rôle de la mère de Tony.  

 

BREAKING BAD (5 saisons)

Un professeur de Chimie, condamné à court terme par un cancer du poumon, s’improvise fabricant de méthamphétamine pour laisser à sa femme et à son fils handicapé un pécule après sa mort. La série, à la fois énorme succès critique et commercial, entraîne le spectateur avec un art consommé dans la lente mutation d'un brave père de famille en parrain de la drogue redoutable. Hormis l’écriture scénaristique impeccable et originale, la justesse des acteurs et l’équilibre parfait  de la série (5 saisons, point-barre, malgré les tentations qui ont dû être fortes de rallonger la sauce), c’est la fascination pour ce Docteur Jekyll contemporain qu’est Walter White (incarné magistralement par Bryan Cranston) qui fait la force de Breaking Bad. L’identification au personnage principal prend racine dans le désir obscur de chacun de boire la potion capable de transformer le bon Jekyll en terrifiant Mister Hyde, le brave professeur White en mystérieux et inquiétant Heisenberg (son pseudo de dealer). A noter que Breaking Bad est entré dans le livre des records en obtenant la note de 99/100 décerné par le site Metacritic, un score jamais obtenu qui sous-entend que pour Metacritic, Breaking Bad est la série parfaite.

 

GAME OF THRONES (cinquième saison en préparation)

Me voilà en train de déroger à la règle que je m’étais moi-même fixée pour ce palmarès : ne sélectionner que des séries achevées. Mais il est bien difficile de laisser de côté le phénomène Game of Thrones ! (du coup, je fais la même entorse pour toutes les séries dont la critique suit) A l’origine d’un engouement planétaire qui provoque une frénésie de téléchargements, Game of Thrones est avant tout une excellente adaptation. Les lecteurs de la saga de George R.R. Martin doivent trouver bien peu à redire (il y a cependant toujours des grincheux).  L’univers de Fantasy très original de cet auteur est parfaitement restitué, grâce à un excellent casting (Peter Dinklage prodigieux en Tyrion Lannister notamment), un scénario intelligent respectueux du rythme de l’histoire et déjouant habilement les difficultés posées par le roman (qui sont nombreuses), plus des moyens importants esquivant le piège de la Fantasy en carton-pâte (le genre est coûteux à porter à l’écran). Le résultat est magique (sauf pour les allergiques au genre). Le bonus avec Game of Thrones : si vous avez des gamins en âge de la suivre, lisez le roman (de préférence en anglais pour avoir encore plus d’avance sur la série) et menacez-les de spoiler l’histoire en cas de conflit (technique éprouvée déjà par des enseignants) ; le pouvoir que cela vous donnera sur eux est incommensurable.

 

SONS OF ANARCHY (septième et dernière saison en cours)

Série en cours également (mais la dernière saison est en train de s’achever, ce qui est loin d’être le cas pour Game of Thrones), Sons of Anarchy est une sorte de tragédie grecque chez les bikers californiens, avec le journal d’un défunt dans le rôle du chœur. Si cette série a en commun avec The Sopranos le fait de tirailler les personnages entre leurs liens affectifs et leur business illégal, la comparaison s’arrête là. Le SAMCRO (Sons of Anarchy Motorcycle Club Redwood Original) n’est pas la mafia du New-Jersey. Les blousons de cuir ornés d’une « faucheuse » remplacent les costumes de luxe, les tatouages exubérants, crânes rasés ou coupes hirsutes donnent une tout autre allure aux personnages, et les règlements de compte sont loin d’être discrets. Sons of Anarchy est une série sur-vitaminée, à l’intérieur de laquelle des intrigues multiples s’entremêlent en permanence et se résolvent à une cadence infernale. La pression ne se relâche jamais sur le spectateur, comme elle ne se relâche jamais sur les protagonistes de l’histoire, aspirés en permanence dans une spirale de violence, au sein de laquelle ils tentent désespérément de se raccrocher aux règles du MC (Motorcycle Club), cette utopie à laquelle ils tiennent plus qu’à leur propre vie.

 

THE BIG BANG THEORY (huitième saison en cours)

Sitcom avec rires du public en fond sonore, cette série avait a priori tout pour me rebuter. Mais une fois embarqué avec cette bande de geeks au QI surdimensionné, pourtant désespérément puérils, monstrueusement complexés et extraordinairement imbus d’eux-mêmes, impossible de les lâcher ! A noter que les rires que j’ai évoqués ne sont pas enregistrés et plaqués sur la bande-son, mais qu’il s’agit des rires d’une salle pliée en deux assistant vraiment au tournage comme au théâtre. Le Docteur Sheldon Cooper (formidablement incarné par Jim Parsons), physicien génial abominablement prétentieux, anorexique sexuel, maniaque et obsédé par les trains et les conventions Star-Trek, domine de sa silhouette dégingandée la galerie de personnages de The Big Bang Theory, tous plus hilarants les uns que les autres, et dont le plus original, une mère juive caricaturale, accomplit la performance d’être particulièrement envahissant tout en étant en permanence réduit à une voix (on ne voit jamais l’actrice, on l’entend seulement). S’il est fortement conseillé de regarder toutes les séries en VO, c’est absolument indispensable pour The Big Bang Theory. L’effroyable doublage français transforme la série comique la plus drôle que je connaisse en brouet insipide.

 

SUPERNATURAL (dixième saison en cours)

Pour ceux qui pratiquent ou ont pratiqué les jeux de rôles, il est possible que cette série vous rappelle quelque chose. Les frères Winchester commencent la première saison en traquant ici un Wendigo, là un fantôme. Peu à peu, ils se trouvent impliqués dans des quêtes bien plus ardues, impliquant des conflits entre anges et démons (progression classique d’un personnage de jeux de rôles). Je dois avouer que j’ai hésité longtemps pour choisir la dixième et ultime série de ce palmarès. Supernatural a pour handicap d’en être arrivé à sa dixième saison. C’est un gage de succès commercial, mais le bon équilibre pour une série réussie se situe en général autour de 5 ou 6 saisons. Au-delà, il devient très difficile de se renouveler. Pourtant, il m’a paru impossible de ne pas sélectionner cette série addictive et très bien construite. Et pour un écrivain de SFF, ne choisir que Game of Thrones pour représenter le triptyque SF-Fantastique-Fantasy était plutôt gênant. Il n’en reste pas moins que porter à l’écran n’importe lequel de ces trois genres est bien plus difficile que créer une série policière ou une sitcom. La réussite de Supernatural méritait donc amplement d’être saluée. Une fois accroché par l’intrigue, le spectateur suit avec plaisir les pérégrinations de Sam et Dean dont le job de chasseurs de créatures surnaturelles offre des garanties en matière de scènes spectaculaires. Jared Padalecki et Jensen Ackles assurent parfaitement dans le rôle des frères Winchester, tout en se faisant un peu voler la vedette par Misha Collins, incroyable en ange au look d’inspecteur Colombo.     

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6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 13:14

Peut-être avez-vous déjà vu une représentation de l’Homonculus de Penfield. Il s’agit d’un être dont chaque partie du corps possède une taille proportionnelle à l’importance qui lui est donnée par le cerveau humain. Le résultat est une sorte d’horrible gnome, au tronc rachitique, aux membres ridiculement grêles, affublé d’une tête énorme aux lèvres et à la langue disproportionnées, et doté de mains gigantesques. On est loin de l’Homme de Vitruve, l’individu aux proportions parfaites dessiné par Léonard de Vinci.

Imaginez que les événements se produisant au sein d’une société soient le corps humain, et l’information fournie par les media à propos de ces événements une représentation graphique de ce corps. A quoi ressemblerait cette image ? Mon opinion est qu’elle serait très loin de l’Homme de Vitruve, et très proche de l’Homonculus de Penfield ; probablement encore plus caricaturale et grotesque que l’Homonculus de Penfield.

Deux phénomènes couverts récemment par les media illustrent cette idée. Tout d’abord la menace du virus Ebola. Il y a quelques années, télévisions, radios et presse écrite semblaient s’ingénier à vouloir nous faire croire que la grippe aviaire était sur le point d’exterminer l’Humanité. Sauf que quelques dizaines de morts dans un bassin asiatique de trois milliards d’individus, et un mode de contamination qui implique l’inhalation de particules issues des fientes de volailles, ça ne peut pas, pour quiconque possède la moindre notion d’épidémiologie, représenter des signaux d’alertes sérieux. Las, un malheureux vétérinaire hollandais travaillant pour des élevages industriels de volailles avait contracté la maladie ! L’épidémie était à nos portes ! Malgré cet unique cas en Occident, dû à des conditions de travail très particulières, l’affolement médiatique se poursuivait. Le seul journaliste à traiter sérieusement l’affaire fut Jean-Daniel Flaysakier. Il faut dire qu’il est également médecin, oncologue, et titulaire d’un master d’épidémiologie de l’Université de Harvard ; autant dire que, lui, savait de quoi il parlait. Mais aucun de ses confrères et consœurs (journalistes, pas médecins), ne suivit son exemple. Aujourd’hui les media remettent le couvert avec Ebola ; un virus effrayant, à cause de sa forte mortalité. Donc un bon sujet. Un bon sujet pour la fiction, certes. On peut citer le roman Virus de Robin Cook, certains épisodes des séries télé Sevens Days ou 24 h Chrono, ou même le film 28 days later pour lequel Danny Boyle a déclaré s’être inspiré du virus Ebola. La liste est loin d’être exhaustive. Le problème est que les media semblent chercher leur inspiration dans la fiction, et que l’action des autorités semble s’appuyer sur le phénomène médiatique. Pourquoi une flambée d’activité d’un virus qui sévit depuis quarante ans en Afrique du centre et de l’Ouest est-elle en train de créer une psychose de pandémie ? Cette année, Ebola aurait tué un peu moins de trois mille personnes (en Afrique exclusivement) Prenons au hasard une autre maladie qui sévit sur le même continent, le paludisme. Les données disponibles varient de 650 000 à 1,2 millions de morts dans le monde, dont 80% en Afrique, soit 520 000 à 960 000 morts en Afrique. 200 à 300 fois plus de morts. Qui parle du Paludisme ? Pourquoi ne parle-t-on pas d’une maladie des centaines de fois plus destructrice qu’Ebola, et ceci uniquement pour l’année écoulée ? Pour les quarante dernières années, le déséquilibre est bien plus grand. Je ne suis pas en train de dire que le virus Ebola doit être négligé, ou méprisé. Je m’interroge seulement sur la disproportion du traitement médiatique par rapport à la réalité. Tout se passe comme si le virus Ebola pouvait être intégré dans un scénario catastrophiste, un truc qui s’insère bien dans un imaginaire collectif nourrit de grandes peurs mêlant des pandémies exterminatrices et des terroristes manipulateurs de virus. Tout se passe comme si les media ne faisaient plus de l’information, mais une sorte de fiction vaguement adossée à la réalité. Le drame des maladies, en général, sur le continent africain, est un drame de la pauvreté, de l’absence de couverture médicale, un terrain qui autorise chaque virus, chaque bactérie, chaque parasite, à frapper les populations bien plus durement que dans nos pays riches.

Moins tragique est le phénomène des « clowns maléfiques ». La filiation avec la fiction (It, de Stephen King, par exemple) est ici bien plus évidente. Avec ces clowns, l’Homonculus de Penfield est véritablement grotesque et ridicule. Que quelques ados s’amusant à faire peur avec un nez rouge et des haches en plastique puissent engendrer une déferlante médiatique nourrissant la psychose et influant l’action des autorités (« Si vous repérez un clown, surtout faites le 17 et ne tentez rien par vous-mêmes ! ») est proprement sidérant. Quant aux rarissimes vraies agressions perpétrées par des déséquilibrés déguisés en clowns, on se demande pour quel motif elles seraient plus graves, plus inquiétantes, plus alarmantes, que des agressions commises par des types encagoulés, avec un casque de moto ou à visage découvert. Ce qui est triste, dans cette clownerie, c’est que le traitement médiatique ahurissant de l’affaire génère un emballement sur les réseaux sociaux, suscite des vocations clownesques (filmées et diffusées sur le net de préférence) qui elles-mêmes pourront nourrir le phénomène.

L’Homonculus de Penfield médiatique est devant nous, avec ses gigantesques mains qui peuvent broyer l’Humanité en un rien de temps (le virus Ebola) et qui nous tire sa langue monstrueuse (les clowns maléfiques) pour nous faire peur. Si vous vous intéressez à la réalité des menaces qui planent sur le monde, et pas aux épouvantails brandis par les media, lisez des sources sérieuses. Un travail de la NASA, par exemple. La NASA ? Encore un truc de satellite fou qui va percuter la Terre ! Et non. Ce serait bien pour nourrir l’Homonculus de Penfield médiatique, mais il ne s’agit pas de cela. La NASA s’est servi des prodigieuses capacités de calcul à sa disposition pour déterminer quelles sont les menaces les plus inquiétantes pour l’Humanité dans un avenir proche. Il y en a deux. Ni Ebola, ni les clowns agressifs. Il s’agit du réchauffement climatique (essentiellement pour les phénomènes migratoires gigantesques qu’il risque d’engendrer) et du creusement vertigineux des inégalités sociales. Des sujets dont on n’entend guère parler. Tant qu’on a peur de se faire attaquer par Bozo au coin d’une rue, on ne pense pas aux îlots de milliardaires qui se multiplient au sein d’un océan de misère toujours plus sombre.

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11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 17:31

Les drapeaux bleus et roses ont été de nouveau de sortie, dressés au-dessus de familles au grand complet avec marmots et poussettes. Je n’arrive toujours pas à me faire à cette présence de gamins dans des manifestations. J’ai peut-être tort, mais j’y vois toujours un côté « bourrage de crâne ». Comme il est écrit dans l’Ecclésiaste (les cathos de la manif pour tous apprécieront) « Il y a un temps pour tout ». Un temps pour manifester, et un temps pour être à la garderie, à l’école maternelle ou au jardin d’enfants.

Mais comme « l’intérêt de l’enfant » est le leitmotiv des leaders de la manif pour tous, il est cohérent de leur part de placer les bambins en première ligne. « L’intérêt de l’enfant » serait donc d’avoir « un papa et une maman ». C’est ce que j’ai eu, et c’est ce qu’ont mes propres enfants. Je ne vais donc pas prétendre que c’est mauvais. Mais qu’un couple hétérosexuel représente une sorte de garantie de bonne éducation (par opposition à un couple homosexuel), c’est aller un peu vite en besogne.

En ce moment, l’histoire de Maude Julien est abondamment relatée par les média. Le calvaire qu’elle a subi de la part de son père, gourou tortionnaire et déjanté désireux de forger un « être supérieur », démontre qu’un papa (pater familias tout puissant devenu ogre inflexible et sadique) et une maman (complètement soumise), ce n’est pas automatiquement bien pour un enfant. Affaire isolée, exceptionnelle, certes, mais les faits divers abondent qui révèlent des « vrais couples », papa et maman, mari et femme (unis devant Dieu, pourquoi pas) coupables de traitements abominables sur leurs enfants. Entre bébés secoués, gamins martyrs ou prostitués, la litanie des horreurs est longue.

On objectera qu’il s’agit d’une frange minoritaire, très minoritaire de la population. En tout cas c’est la preuve qu’un enfant conçu par un homme et une femme sans assistance médicale, porté dans l’utérus de celle qui a fourni naturellement l’ovocyte, « à l’ancienne », ne reçoit pas l’assurance d’être élevé avec amour. Or le cœur du problème se situe bien là : l’attention, le respect et l’amour qui seront donnés à un enfant par les adultes qui l’élèvent. Il peut être adopté. Il peut être issu d’une FIV. Il peut être le fruit d’une GPA. L’important n’est pas la manière dont il est arrivé au monde, l’important est la façon dont il sera traité ensuite. « L’intérêt de l’enfant », si cher au mouvement « manif pour tous », se situe là, exactement là, et nulle part ailleurs.

Les êtres humains ne doivent pas être jugés pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils font ; en l’occurrence, pour ce qu’ils font aux enfants dont ils ont la charge. Peu importe que les chargés de famille soient mariés, (à la mairie, à l’église, au temple, dans les bois ou sur un bateau), pacsés, en union libre, de sexe différent ou de même sexe. Ce qui compte, c’est la qualité de ce qu’ils donnent à l’enfant. Leur amour pour lui. On trouvera sans nul doute des exemples de couples (hétéro ou homo) qui s’avèreront être des parents nuls après avoir payé une mère porteuse. Comme il existe des couples adoptants qui rejettent l’enfant à eux confiés car « non-conforme » à leurs attentes. Comme il y a des parents hétérosexuels ayant engendré eux-mêmes leur enfant et qui s’avèrent (cf supra) des parents ignobles.

Puisque l’intérêt de l’enfant n’a rien à voir avec la façon dont il est arrivé dans une cellule familiale, ni rien à voir avec la nature de cette cellule familiale, mais tout à voir avec la façon dont il est traité par les adultes qui sont en charge de l’élever, qu’il me soit permis de croire que l’argument sans cesse brandi par l’organisation « manif pour tous » est seulement un masque, un masque « politiquement correct » qui dissimule autre chose. Qu’il me soit permis de croire que ceux qui suivent ce mouvement sont, à des degrés divers, et plus ou moins consciemment, des homophobes. Qu’il me soit permis de croire qu’ils ne supportent pas l’idée que deux personnes de même sexe puissent être mariées.

Leur agitation pourrait prêter à sourire si chacune de leurs manifestations et le bouillonnement médiatique qu’elles suscitent ne s’accompagnait d’une recrudescence des actes homophobes violents. L’intérêt de l’enfant n’a aucunement bénéficié de leur action. L’intolérance, elle, en a grandement profité.

 

 

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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 12:50

Il n’aura pas fallu longtemps au gouvernement français pour rétropédaler face aux tenants de l’orthodoxie budgétaire installés à Bruxelles et Berlin. Si, si, en fin de compte, nous allons faire de gros efforts pour tailler dans nos dépenses et tenter de nous rapprocher de cette fameuse barre des 3% de déficit. Ce seuil commence à être célèbre, connu de tous. On finirait par croire que ce serment de passer en dessous d’un déficit des finances publiques inférieur à 3% du PIB est l’alpha et l’oméga de la politique européenne. Des grands projets communs ? De grands travaux ? Un nouvel Airbus (naval, ferroviaire, énergétique, au choix) ? De cela, on n’entend jamais parler. Les 3% semblent être notre objectif ultime, notre Saint Graal, la quête qui doit cimenter les peuples du continent. Au moins avant, il y avait l’euro. On en pense ce qu’on veut, et il y aurait beaucoup à dire, mais l’idée de posséder une monnaie commune me semblait être un but un peu plus concret et un peu plus attrayant que celle de passer un jour tous ensemble au-dessous d’un seuil de 3% du PIB pour les déficits des finances publiques. On a les rêves qu’on peut, et sans doute les rêves qu’on mérite.

Mais puisque l’Europe s’est réduite à une histoire de chiffres et de pourcentages, il y en a un autre, de pourcentage, dont on n’entend jamais parler, et qui pourrait pourtant être mis en avant par nos dirigeants : 2%.

2% de quoi ? Du PIB, là encore. Une barre, un seuil, un objectif, là également. Celui que les membres de l’OTAN se sont engagés à atteindre pour leurs dépenses consacrées à la Défense. Inutile de dire que les Etats-Unis et leur colossal appareil militaire sont dans les clous. Mais il s’agit de l’Europe. Et en Europe, seuls trois pays jouent le jeu : La Grande-Bretagne, la Pologne, et la France. Les armées de la Belgique (capitale Bruxelles, d’où on nous fait les gros yeux) et des Pays-Bas sont en état de dissolution avancée. Celles de l’Italie, de l’Espagne, de la Grèce, sont démolies pour raisons de crise et de budget qui va avec. Celles des ex-pays du bloc de l’Est (exception faite de la Pologne, vraisemblablement instruite par son histoire) peinent à effectuer la transition ex-empire soviétique-OTAN. Mais que dire de pays comme l’Autriche ou l’Allemagne, aux économies solides, promptes à nous fustiger à propos des 3%, mais plutôt oublieuses des 2%. Il est plus facile de maîtriser un budget si on laisse peu à peu tomber les dépenses militaires. Quitte à se reposer en matière de Défense sur ceux qui font l’effort. A tel point que les Autrichiens, comble du culot, envisageraient de dériver vers la situation des pays baltes, qui s’en remettent aux autres pour la protection de leur espace aérien. Sauf que l’Autriche n’est pas l’Estonie ! Elle a les moyens d’entretenir un appareil militaire conséquent.

Peut-être faudrait-il avoir le courage de dire à ceux de nos voisins qui nous tordent le bras pour nous contraindre à prendre une tronçonneuse pour tailler dans nos dépenses que nous pourrions en discuter le jour où eux-mêmes feront un effort comparable au nôtre en matière de Défense. Nous pourrions aussi leur proposer d’exclure les dépenses militaires du calcul des fameux 3%. Nous pourrions (ou plus exactement, nos dirigeants pourraient) taper un peu du poing sur la table et leur demander de qui se moque-t-on ? Mais sans doute s’agit-il, au même titre que d’éventuels projets de grands chantiers menés en commun, d’un rêve à propos de l’Europe.

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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 15:32

La tristesse et la honte.

Ce sont les seuls sentiments que je parviens à éprouver face au énième embrasement du foyer jamais éteint du conflit israélo-palestinien.

Tristesse infinie pour des familles en deuil, pour des enfants sans parents et sans maison, pour des mères dont le fils a été tué et la demeure détruite, pour des malheureux pris entre le marteau d’une armée entraînée dans une marche impitoyable et aveugle, et l’enclume de combattants cyniques qui semblent avides de nouveaux martyrs.

Honte face au déferlement de haine, à cette recherche d’une responsabilité collective absurde, à cette ignoble mixture mille fois remâchée, qui lâche dans les rues des excités en quête de responsables à punir pour des crimes auxquels ils sont parfaitement étrangers.

Tristesse et honte en songeant que tout cela n’en finira jamais, parce qu’elle est là, qui aime les destructions, les deuils et les infirmités, qui se délecte des incendies, qui se nourrit du sang versé et des entrailles répandues. Chaque membre arraché la rend plus forte, chaque mort la fait croître. Elle est là, animée par des mots écrits en des temps barbares, « œil pour œil, dent pour dent. » Mais c’est injuste de dire cela, il n’existe pas d’époque barbare, seulement l’histoire de l’humanité,  l’histoire de notre espèce, qui me rend si triste et si honteux. Et toujours elle s’est trouvée là, forgée par la loi du Talion, la vengeance.

Sans doute, un jour, laissera-t-elle deux peuples d’êtres aveugles et sans mâchoire, errant sur une terre de cendres.  
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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 16:08

Lokomodo a réédité Le Niwaâd il y a maintenant six mois. L'occasion de faire un bilan des critiques parues sur différents sites.

illustration Niwaad

Noosfère

Elo-dit

Chocolatcannelle

Flynn SFFF

Parfums de plume

Psychovision

Voyage au delà des pages

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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 19:19

 

Tout d’abord, le titre de cet article n’est que le détournement d’un slogan bien connu, nullement une insulte envers les abstentionnistes. D’une part, j’en connais de très honorables, d’autre part, la vie est pleine de pièges à cons, dans lesquels il m’est souvent arriver de tomber. Mon propos est simplement d’expliquer pourquoi il faut aller voter, malgré tout ce qui donne envie de ne pas le faire.

  • Premièrement, des hommes et des femmes sont chaque jour emprisonnés, torturés, exécutés, parce qu’ils réclament ce droit que tant d’entre nous dédaignent. Question d’éducation, il m’est très difficile de ne pas apprécier quelque chose que je possède alors que beaucoup de mes semblables en sont privés. Nous vivons, souvent sans nous en rendre compte, dans une société d’abondance. Même si notre République est imparfaite, elle nous fournit une « abondance de démocratie » (élections nombreuses, non truquées, presse libre, etc…)

  • Deuxièmement, tout ce qui n’est pas suffisamment utilisé a tendance à disparaître. Surtout si cela coûte de l’argent. Postes pas assez fréquentées, hôpitaux qui n’accomplissent pas assez d’actes, lignes de chemins de fer qui ne véhiculent pas assez de passagers. Il y aura bien un jour un technocrate qui fera remarquer que les élections reviennent cher à organiser pour la poignée d’individus qui daignent encore y participer. Il est assez illogique de pester contre le pouvoir confisqué aux citoyens par des officines bruxelloises non issues des urnes, et de bouder en même temps le pouvoir que nous détenons encore.

  • Troisièmement, je note une autre absurdité majeure dans le raisonnement des abstentionnistes. Le « tous pourris ». Inutile de voter pour des politiques, puisqu’ils sont « tous pourris ». Hormis le fait qu’il n’est pas interdit aux contempteurs des hommes et des femmes politiques de créer un parti vertueux (encore une liberté dont nous bénéficions), l’observation attentive de l’information devrait permettre d’effectuer un tri entre ceux qui sont (jusqu’à preuve du contraire) honnêtes, et ceux qui ont ou ont eu maille à partir avec la Justice. Etonnamment, le premier tour des municipales a permis à une kyrielle de personnages (droite et gauche confondues), qui traînent derrière eux des batteries de casseroles, d’être élus maires ou de se trouver en bonne place pour y parvenir. Un bulletin de vote peut servir à sanctionner les adeptes des abus de biens sociaux, de l’achat des votes ou de l’inscription des morts sur les listes électorales. Au final, dans une démocratie, on a souvent les représentants que l’on mérite. Je ne cesse de m’interroger sur notre pays qui vilipende la malhonnêteté de ses dirigeants, et confie des mandats, imperturbablement, à des hommes et des femmes dont il est de notoriété publique qu’ils ont été condamnés par la Justice.

  • Quatrièmement, il faudra un jour qu’enfin tout le monde comprenne que la démocratie (le pire des systèmes à l’exception de tous les autres) n’est pas une machine à produire des rêves, mais un engin à éloigner les cauchemars. Les élus d’une honnêteté scrupuleuse, francs, compétents, exemplaires dans leur vie privée (exemplaires pour qui, d’ailleurs, nous n’avons pas tous les mêmes conceptions en la matière, heureusement) et par-dessus le marché beaux comme des stars hollywoodiennes histoire de représenter avantageusement leur pays dans les réunions internationales, n’existent pas. Et quand bien même existeraient-ils, ils auraient les mêmes difficultés que des magouilleurs menteurs et moches face aux réalités du monde actuel. Désolé pour les utopistes, mais nos votes ne nous donneront jamais la société parfaite dont nous rêvons chacun de notre côté. Pour cela, il faudrait que la nature humaine (celle des politiques, et celle de ceux qu’ils gouvernent) change profondément. Nos votes ne servent pas à amener des dirigeants idéaux au pouvoir. Ils servent seulement à en éloigner ceux qui pourraient être pire que tous ceux dont nous avons l’habitude.

     

    Chers abstentionnistes, vous refusez de choisir entre la peste et le choléra. Vous laissez d’autres choisir à votre place. Comme vous, j’aimerais mieux avoir la possibilité d’opter pour la bonne santé. Mais il y a des pathologies qui sont préférables pour un malade. Elles font moins de dégâts. A force d’être dégoûtés par le choléra, vous réussirez à nous faire tous attraper la peste. En l’occurrence, la peste brune.

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