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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 07:53

Nous assistons à une accélération du nombre de massacres frappant des hommes, des femmes et des enfants dont le seul tort est de se rassembler pour regarder un feu d’artifice, aller à un concert, prendre un pot dans un bar ou utiliser les transports en commun. A la kalachnikov, à l’explosif, à la hache ou au moyen d’un camion.

Le plus difficile, au milieu de ce maelstrom de violence aveugle, est de parvenir à comprendre les motivations des auteurs de ces atrocités. En France, en Belgique, aux Etats-Unis, en Allemagne, on peine à démêler cet écheveau de maladie mentale, de haine contre la société, de désir morbide de reconnaissance médiatique et de pulsion religieuse. Devant chaque nouvelle horreur, nous nous posons systématiquement les mêmes questions : était-ce l’œuvre d’un fou ? Ou celle d’un « franchisé » de Daech ? L’un n’excluant pas l’autre, d’ailleurs. Même dans le cas des tueurs du Bataclan, manifestement missionnés et téléguidés par l’effroyable « Etat islamique », comment ne pas déceler à travers leurs actes les signes d’une folie meurtrière et suicidaire ?

Lorsqu’arrivent les revendications « officielles » de Daech, ou les résultats d’une enquête établissant la fascination de l’auteur d’un attentat terroriste pour les thèses de cette entité, on est toujours frappé par la similarité des profils et des parcours. Peu de foi, beaucoup de délinquance, de propension à la violence, de difficultés à s’insérer dans la société, de déséquilibre mental. Et puis, un jour, la « révélation ». Certains prennent, littéralement, le chemin de Damas. Comme autrefois on partait pour Saint-Jacques de Compostelle ou pour la terre sainte. Mais la rédemption peut suivre une voie plus rapide ; très rapide. Une barbe qui commence à pousser, un arrêt de l’alcool et du tabac, puis le passage à l’acte. Pour rester dans la comparaison chrétienne et moyenâgeuse, ces tueurs-là ressemblent aux barbares païens convertis en accéléré avant d’aller se jeter sur un champ de bataille. Il est licite de s’interroger sur la profondeur et la réalité de leur foi en l’Islam.

J’ai écouté l’interview d’un sociologue qui nous exhortait à ne pas nous tromper de cible. Je n’ai personnellement aucune sympathie pour les obscurantistes religieux, quels qu’ils soient. Mais je pense que cet homme avait raison en faisant le parallèle entre ces fondamentalistes musulmans qui hérissent de plus en plus les sociétés occidentales, avec leurs principes d’un autre âge, leurs longues barbes et leurs mœurs austères, et une secte comme celle des Amish. Je suis convaincu que sa comparaison est juste. Rigoristes, effroyablement misogynes, ignorant de tout sauf de leurs lois divines, ils ressemblent effectivement aux Amish, ou aux Juifs Loubavitch. Même goût pour la pilosité faciale, mêmes comportements archaïques et pudibonds, même fascination pour un « âge d’or » rêvé comme pur et parfait, même conviction que toute vérité se trouve uniquement dans leurs écritures sacrées. Le point important, c’est que ces salafistes, ces fondamentalistes obsédés par un mode d’existence révolu depuis des siècles, ne sont pas la source du mal qui nous frappe.

Qu’il faille combattre leurs idées parce qu’elles sont incompatibles avec une société moderne et tolérante et une chose, leur attribuer la responsabilité de la folie meurtrière qui endeuille notre pays en est une autre. Les terroristes qui sévissent actuellement ne sont pas les produits de madrassa, ils n’ont pas appris pendant des années les versets du Coran, ils n’ont pas passé leur jeunesse à fréquenter des mosquées. Un tel régime peut incontestablement former des obscurantistes, des misogynes, des homophobes, mais jusqu’à présent il ne semble pas avoir formé, en Occident, des terroristes.

Expliquer l’horreur des attentats par une religiosité musulmane fondamentaliste en expansion est une solution facile, rapide, et qui surtout nous détourne des vraies questions. Tout se passe comme si quelque chose, dans notre monde occidental moderne, générait des pulsions mortifères, un désir malsain de tuer et de mourir, et qu’une organisation, Daech, ait su mettre ce phénomène à profit pour donner un sens, une justification à ces pulsions ; qu’elle ait su se les accaparer, se les attribuer. Les terroristes ne veulent pas générer l’horreur et finir en kamikazes parce qu’ils ont été endoctrinés par l’Islam. Ils se sont soumis à un endoctrinement parfois très rapide parce qu’ils rêvaient de générer l’horreur et de finir en kamikazes. Reste à comprendre comment notre monde produit de tels individus.

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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 12:32

Emmanuel Macron fut récemment l’invité matinal de Jean-Jacques Bourdin. Une occasion pour le sémillant Ministre de l’Economie d’exposer ses idées qualifiées un peu partout de novatrices, audacieuses, originales, etc, etc… Que cet homme nous soit présenté comme le futur du PS (on n’ose plus dire du Socialisme ou de la gauche, ces mots-là tombent en désuétude) me terrifie. Pas question de lui faire un mauvais procès sur le thème « banquier d’affaires- cuillère d’argent dans la bouche ». Après tout, si quelqu’un renonce à gagner des montagnes de pognon pour faire de la politique, c’est-à-dire, au sens noble du terme, s’occuper du bien commun, on ne peut que l’en féliciter. On ne doit juger un ministre que sur ce qu’il fait et ce qu’il propose. Or, concernant Emmanuel Macron, c’est là que le bât blesse.

La grande libéralisation des lignes de transport par autocars me semble être la première des « macronneries ». Après avoir entendu pendant des années les politiques de tout poil seriner que le transport ferroviaire devait être favorisé car plus écologique et plus sûr, voir mettre en œuvre un plan qui transfère sur les routes un flux de passagers que l’on prétendait garder sur les rails a de quoi énerver. Tout le monde peste contre les poids lourds qui sillonnent la France chargés de marchandises, bousillant le réseau payé par le contribuable, mais au bénéfice d’entreprises sur lesquelles il s’est avéré impossible de prélever des taxes (s’y est-on pris comme il fallait ?). Non seulement les marchandises resteront sur les camions au lieu de passer sur des trains, mais les passagers vont passer des trains aux autocars. Plus de pollution, plus de dangers sur les routes.

Le choix a été fait par Emmanuel Macron de privilégier l’emploi (embauche de chauffeurs de bus) et le pouvoir d’achat (c’est moins cher de faire un trajet en autocar qu’en train, même si on y passe trois fois plus de temps) au détriment de l’écologie et de la sécurité. Les bénéfices (douteux) immédiats, plutôt que la vision à long terme. Pas vraiment une politique de gauche selon moi. Pas vraiment une politique du tout d’ailleurs.

Mais le pire se situe au niveau des propositions. La grande idée de la dérégulation. Elle ne sort pas du crâne d'Emmanuel Macron comme Athéna jaillissant tout armée de celui de Zeus, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire penser. Elle n’a rien d’original ni de novateur. Elle traîne depuis onze ans dans le rapport Cahuc-Kramarz, dont le candidat Sarkozy, en 2007, prétendait qu’il était son livre de chevet. En gros, il faut faire sauter tous les freins à l’emploi. Et sont considérés comme freins à l’emploi les exigences de qualification, voire les diplômes, demandés pour exercer une profession. Au final, on considère que n’importe qui peut faire n’importe quoi. L’ubérisation totale. Face à Jean-Jacques Bourdin, Emmanuel Macron se lâche et donne l’exemple de la restauration. « Vous et moi, Monsieur Bourdin, pouvons ouvrir demain un restaurant ! C’est merveilleux ! Et ça marche ! Pourquoi ne pas étendre cette possibilité à plein d’autres domaines ? Sachant que bien entendu, tout ce qui relève de la santé et la sécurité sera préservé ; on conservera des exigences de formation dans ces domaines. »

C’est ce que j’appelle un tissu de macronneries. D’abord il est faux de dire qu’on peut se lancer comme ça dans la restauration. Il existe (pour le moment) des obligations de formation OU d’expérience suffisante, et c’est heureux. Mais on sent que le fringant Emmanuel serait prêt à faire sauter ces maudits verrous lorsqu’on l’aura informé qu’ils existent. Ensuite penser que la restauration échappe au domaine de la santé et de la sécurité publique révèle des lacunes plutôt graves pour un ministre. Quelques chiffres : 250 000 à 750 000 toxi-infections alimentaires chaque année en France (chiffre probablement très sous-évalué, les Britanniques en déclarant 2 millions, et même si leur bouffe est dégueulasse…), conduisant à 70 000 consultations aux urgences, 15 000 hospitalisations et 400 décès. La manière dont les données sont recueillies et traitées varie d’un pays à l’autre, et les résultats ne sont pas toujours transparents. Nos cousins québécois annoncent néanmoins la restauration comme étant responsable de 60% des toxi-infections alimentaires (40% à domicile). Si on rapporte ce pourcentage à la situation française, et qu’on le pondère généreusement, on peut quand même estimer que les toxi-infections alimentaires en restauration tuent au moins chaque année autant de personnes que les kalachnikovs des terroristes en 2015.

La formation, ça compte, et dans tous les domaines. Les diplômes, c’est important. Les règles, c’est utile. Savoir ce qu’est une salmonelle ou un staphylocoque doré, comment ils se multiplient dans la nourriture et de quelle manière ils peuvent tuer quelqu’un, ça sauve des vies. Les restaurateurs ne sont pas trop formés, ils le sont plutôt insuffisamment. Notre président déclare vouloir former 500 000 chômeurs pour leur faciliter l’accès à l’emploi. Dans le même temps, son ministre de l’Economie déclare que tout irait mieux si on supprimait toutes ces exigences ridicules qui contraignent trop de gens à acquérir un savoir avant d’exercer un métier.

J’ai toujours pensé que le progrès consistait à construire une société avec plus de connaissances et plus d’exigence. J’ai toujours cru que les idées de gauche consistaient à permettre l’accès à ces connaissances au plus grand nombre ; de manière à ce que les métiers les plus qualifiés, les plus exigeants, puissent être exercés par des individus venant de tous les milieux sociaux. Il semble que Monsieur Macron n’a ni la même vision du progrès, ni la même vision de la gauche.

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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 18:10

Un voyage à travers les Etats-Unis, du Nord-Est au Sud-Ouest. Pas en droite ligne, mais en sinuant de manière à couvrir tout le territoire américain, et toutes les musiques qu’il recèle, ou du moins celles que j’aime. Grâce à 41 titres qui contiennent le nom d’un Etat américain, ou parfois celui d’une ville, vous pourrez écouter du Jazz, du Blues, de la Soul, du Rythm’n Blues, du Folk, du Rock, et une pincée de Rap et de Pop.

Bonne promenade.

http://www.deezer.com/playlist/1528411891

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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 13:23

J’avais écrit pour Phénix, il y a un an, un article sur dix séries à voir avant de mourir, en regrettant de pouvoir n’y inclure que deux séries appartenant à l’univers SFFF, à savoir Game of Thrones et Supernatural.

2015 m’a permis de découvrir trois bijoux en matière d’Imaginaire, caractérisés par leur originalité, leur inventivité. Aussi bonnes soient-elles, les histoires qui recyclent ad nauseam les affres de post-ados transformés soit en lycanthropes soit en vampires, ou le vertige qui les saisit lorsqu’ils prennent conscience qu’ils sont des super-héros, finissent par lasser. La première qualité qu’on est en droit d’attendre des créateurs dans le domaine de l’Imaginaire, c’est évidemment l’imagination. Faire Z Nation parce que Walking Dead cartonne, The Vampire diaries parce que les buveurs de sang sont à la mode, ou Daredevil parce que tout le monde aime les personnages de Marvel, cela me semble aller à l’encontre de ce que les passionnés de la SFFF sont en droit d’attendre.

Donc bravo à ceux qui sont sortis des sentiers battus !

WAYWARD PINES nous fait suivre les aventures d’Ethan Burke (excellent Matt Dillon) qui enquête sur la disparition de deux de ses collègues des services secrets. Après un accident de voiture, il se réveille dans l’étrange village de Wayward Pines, une communauté dont il semble impossible de s’échapper, et dont les membres sont surveillés en permanence. Les amateurs de SFFF de ma génération penseront forcément à la série britannique des années soixante The Prisoner. Son ambiance particulière a sans doute inspiré les scénaristes de Wayward Pines. Mais dans cette dernière, l’histoire se développe de manière à donner au spectateur toutes les explications qu’il attend, en explorant une voie de la SF assez rarement empruntée. Wayward Pines est une des bonnes surprises de l’année 2015, et certainement ce que Night Shyamalan a fait de mieux depuis longtemps.

SENSE EIGHT est une autre série créée par des réalisateurs venus du cinéma après d’énormes succès (ce qui en dit long sur l’importance que prennent les séries). En effet, ce sont les Wachowski qui sont aux manettes sur ce coup-là ! Ceux qui aiment leur univers seront obligatoirement fascinés par Sense Eight. Ceux que Cloud Atlas a rebutés feraient mieux de laisser tomber… Quatre femmes (dont une trans) et quatre hommes (dont un homosexuel), citoyens du monde, découvrent peu à peu qu’ils sont connectés les uns aux autres, sur les plans intellectuel, sensoriel et émotionnel. Tout comme pour Wayward Pines, les vieux amateurs de SFFF décèleront une influence venue du fond des âges de la littérature de l’Imaginaire. Je veux parler de Theodore Sturgeon, et de sa théorie du Gestalt dans More Than Human. Cette communion d’êtres différents dans laquelle chacun apporte aux autres ce qu’il ne peut réaliser lui-même sera bien utile à nos héros pour résister à une organisation impitoyable qui les traque sans merci. La réalisation est magnifique (Wachowski oblige), jusque dans le générique, tellement beau qu’on évite de le zapper à chaque nouvel épisode. Seul reproche : cette détestable manie qu’ont les Américains de faire parler en anglais des personnages mexicains, coréens ou allemands (avec une petite exception pour le début des premiers dialogues, histoire que le spectateur comprenne qu’on est à Mexico, Séoul ou Berlin, et pas dans une ville des Etats-Unis !)

THE LEFTOVERS est probablement le choc le plus fort que j’ai reçu en cette année 2015. On peut dire que la conception et la réalisation de cette série nous font découvrir l’essence même de ce qu’est le Fantastique. Un 14 octobre, 2% de la population mondiale disparait en un instant, sans qu’aucune explication rationnelle ne puisse être trouvée. L’histoire ne s’attache pas à enquêter sur le mystère de ce phénomène de « ravissement », mais analyse ce qu’est devenue la société trois ans après ce funeste 14 octobre. Nous contemplons l’Humanité face au vide laissé par une faux invisible, incompréhensible, hors d’atteinte de toute réflexion, de toute spéculation, et même de toute foi. Des sectes pullulent, d’étranges gourous sillonnent le pays, ce qui était considéré comme folie devient soudain moins absurde, les valeurs qui semblaient les plus solides s’affaissent comme aspirées dans des sables mouvants. The Leftovers pourrait être interprété comme la transposition à notre époque de l’Humanité du XIVème siècle frappée par la Peste Noire, une Humanité sonnée par un fléau dont elle ignore qui l’a manié et pourquoi, errant sans but, sans désirs et sans espoir.

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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 12:21

A lire sur ActuSF, la critique de Gospel Par Bastien ROCHE.

http://www.actusf.com/spip/Gospel.html

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 18:47

« Sur une distance d’un mois et vingt-cinq jours de marche, je dévastai le pays, j’y répandis le sel et les épines. Je fis cesser les cris joyeux dans les campagnes où je laissai s’établir les onagres et les gazelles et toutes les espèces d’animaux sauvages. »

Cette fanfaronnade macabre n’est pas signée Abou Bakr al-Baghdadi, mais Assurbanipal, et elle date de vingt-sept siècles. Les Assyriens pratiquaient déjà les décapitations, en nombre suffisant pour élever des pyramides de têtes tranchées. Ils aimaient également dresser des cercles de captifs empalés autour des villes qu’ils assiégeaient, ou orner les murs de leur capitale avec la peau des ennemis vaincus. Tout cela pour la plus grande gloire du dieu Assur. Mais la satisfaction de ce dernier n’est probablement qu’un prétexte insignifiant, le véritable objectif des rois assyriens étant la domination absolue sur un territoire de plus en plus vaste, sur une population de plus en plus importante.

Cet emploi de ce que nous appelons terreur, barbarie, monstruosités, crimes contre l’humanité est une constante de l’Histoire. Toujours dans le même but : imposer son joug. La religion, et je suis d’autant plus à l’aise pour le dire que je suis athée et passablement anticlérical, n’a pas grand-chose à voir là-dedans. Il suffit pour s’en convaincre de prendre trois exemples marquants, très éloignés dans le temps, qui illustrent parfaitement la volonté de domination s’appuyant sur une extrême férocité.

Les Romains tout d’abord. Bâtisseurs d’un empire remarquable par son étendue et sa durée, ils faisaient preuve d’une grande tolérance sur le plan religieux, toujours prêts à accueillir de nouveaux dieux aux côtés des leurs. Mais ils ne supportaient guère la moindre velléité d’échapper à leur autorité ou de contester leur mode de vie, les six mille esclaves révoltés crucifiés le long de la Voie Appienne en témoignent. Quant au martyre des chrétiens, il n’est pas dû à une quelconque volonté d’éradiquer une religion pour éradiquer une religion. Les chrétiens avaient le défaut, aux yeux des Romains, de prétendre que leur dieu était unique, au lieu de le rajouter modestement au panthéon pléthorique de l’empire.

Les Mongols ensuite. Exactement comme les Romains, ils étaient curieux et tolérants en matière spirituelle. Ce qui n’a pas empêché Gengis Khan d’être, si l’on rapporte l’importance de ses massacres à la population mondiale du treizième siècle, le premier exterminateur de l’Histoire devant Hitler et Staline ; massacres agrémentés d’atrocités si grandes qu’elles semblaient inconcevables, même à une époque bien moins douce que la nôtre. Mais les Mongols voulaient dominer, étendre leur territoire, et faire de la Terre entière, selon le rêve de leur khan, une pâture pour leurs chevaux.

Les nazis enfin. Aucune foi ne les motivait. Leur haine des Juifs (considérés comme une race) était ethnique. Ils ne cherchaient nullement à restaurer un empire chrétien germanique, et tout au contraire détestaient les principes évangéliques, bons selon eux pour les faibles et les efféminés. Ils voulaient écraser des religions parce qu’elles gênaient leurs idées, pas au nom d’une autre religion, leur vague sympathie pour un paganisme germano-scandinave étant surtout du domaine symbolique.

La volonté de dominer, d’imposer aux autres ses lois et ses règles, en se servant pour cela de l’instrument de la terreur, est une pulsion qui remonte à la nuit des temps. La religion sert parfois d’outil, parfois non. Daech est un énième avatar de ce monstre, et dans son cas, la religion musulmane est un outil, mais certainement pas une motivation. Ce qui explique que l’immense majorité des musulmans soient désemparés devant un phénomène qui les révulse. Ils pourront toujours manifester leur incompréhension et chercher dans le Coran ce qui peut bien guider les terroristes de Daech. Les chefs de ces derniers se contrefichent du Coran, ou de comprendre la signification du Coran. Ils veulent étendre leur domination et propager leurs règles, l’Islam n’étant pour eux qu’un pratique instrument.

Une société en paix, démocratique, aux mœurs libres et tolérantes est une chose inhabituelle. Nous croyons que c’est la norme parce que nous n’avons connu que cela, alors que c’est l’exception. La norme c’est la guerre, la tyrannie, la violence et le joug pesant de ceux qui veulent dominer. A nous d’œuvrer pour que cette singularité ne soit pas un simple accident de l’Histoire.

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 10:28

Beaucoup de réactions aux attentats de Paris ces dernières 48h. Compassion urbi et orbi, prières venant de tous les azimuts (mais comme dit Joann Sfar, « merci, nous avons suffisamment de religion en France, arrêtez avec les prières »), avis autorisés de spécialistes qui savaient que ça allait arriver, de spécialistes qui expliquent pourquoi c’est arrivé, de spécialistes qui nous disent comment éviter que ça recommence, de spécialistes qui annoncent que de toutes façons ça se reproduira.

Histoire d’avoir une proposition inédite en matière de prévention du terrorisme, une qui tranche avec ce que diffusent les ondes et les réseaux sociaux à longueur de journée (réseaux sociaux sur lesquels on lit parfois des propos à vous glacer le sang) je propose de légaliser de toute urgence le cannabis sous toutes ses formes (à fumer, en spray, à vapoter, à mettre dans des space cakes). Quel rapport, me direz-vous, et de quel droit oser plaisanter en un moment pareil ? Sauf que je suis très sérieux. Et que je crois qu’il faut non seulement légaliser, mais aussi créer une Régie Nationale du Shit (la RNS) détenant le monopole de la vente.

Les moyens policiers, judiciaires et carcéraux mobilisés par la lutte contre le trafic et la consommation de cannabis sont gigantesques. Et si on juge de la pertinence des moyens engagés à l’aune de la réalité du danger, cette situation est totalement ridicule. Il semblerait qu’à l’heure actuelle, il soit plus urgent de nous protéger des balles de kalachnikov que du THC, et qu’en matière de pétards, ceux dont les kamikazes fanatiques bardent leurs corps voués au martyr sont bien plus menaçants que ceux qu’on roule. En abandonnant la lutte contre une substance pas plus problématique que l’alcool et le tabac en matière de santé, l’Etat pourrait utiliser des forces considérables au service de la protection des personnes, ce qui me semble être sa vocation première.

Le Colorado a légalisé la marijuana. Le bilan de cette décision est positif à tous les niveaux. La criminalité est en baisse, et les taxes perçues sont tellement colossales qu’on envisage de rendre de l’argent aux contribuables ! Sans aller jusque-là (ne rêvons pas), plus d’argent pour l’Etat signifie plus de moyens, et il va bien falloir plus de moyens pour mener la guerre dans laquelle notre pays est engagé (tout le monde se décide à employer ce mot de guerre désormais).

Et puis dernier avantage, même s’il faut se méfier des effets paradoxaux des psychotropes (certains ont le THC nerveux comme d’autres ont le vin mauvais), le cannabis a plutôt tendance à détendre ceux qui le consomment, à les faire rire et à les pousser aux plaisirs de la table et de l’amour. Desmond Morris a écrit que l’homme est un singe nu, une idée que je trouve très pertinente. Nous observer nous-mêmes avec un regard d’éthologue permet d’aboutir vite à la conclusion que nous ne sommes rien de plus que des techno-primates. Malheureusement tendance chimpanzé, ce singe vindicatif, agressif et souvent cruel. Si un peu de THC pouvait révéler en nous le côté bonobo, les relations humaines s’en trouveraient améliorées.

Peter Tosh avait raison. Legalize it !

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 19:16

Ce qu’il y a de plus marquant chez Jean-Luc Mélenchon, c’est son extraordinaire capacité à désespérer ceux qui (comme moi) ont de la sympathie pour ses efforts à dénoncer l’inquiétante dérive ultralibérale, destructrice de systèmes régulateurs et protecteurs, qui se produit dans notre société. Il ne cesse d’émailler ce combat, à mon sens juste et nécessaire, par d’incessantes outrances qui finissent par le décrédibiliser.

Passons sur les vitupérations dont il accable les media, au minimum risibles venant de quelqu’un qui ne manque pas de micros tendus pour recueillir sa parole. Cela le place sur le même plan que tous ces pourfendeurs de la « pensée unique » (c’est quoi, la pensée unique ?) qui font la une des journaux à longueur de temps en pleurnichant qu’on étouffe leur point de vue original.

Passons sur ses réflexes quasi-pavloviens en matière de politique étrangère qui lui font vouer aux gémonies la moindre initiative en provenance des Etats-Unis, tout en louant celles issues de la Russie ou de la Chine. En l’écoutant j’ai parfois l’impression d’être rejeté quarante ans en arrière et d’entendre un responsable du PCF. On peut certes être extrêmement critique sur la politique étrangère américaine, ce qui n’empêche pas de ne jamais oublier que les Etats-Unis sont une démocratie, tandis que la Russie et la Chine restent des dictatures, qui n’ont plus rien à voir avec le communisme (même si les Chinois ont conservé le mot), et représentent même la quintessence de ce que Jean-Luc Mélenchon se propose de combattre, à savoir des sociétés où les plus forts exercent une domination sans frein sur les plus faibles.

Le dernier combat du leader du Front de Gauche concerne la prochaine publication de « Mein Kampf » par Fayard ; une abomination selon lui. Précisons que l’accès au tristement célèbre pavé d’Adolf Hitler est plutôt aisé pour tous les curieux ou pour tous les néonazis avides de se délecter des pensées de leur grand homme, grâce à la magie des moteurs de recherche. Un bon vieux bouquin papier lourdement lesté de commentaires provenant d’historiens compétents m’apparaît donc plutôt comme un progrès par rapport à la situation actuelle. Tous les délires négationnistes et complotistes se nourrissent d’une ignorance doublée d’une illusion de savoir (savoir pompé dans le puits sans fond de l’internet). Ce qui m’attriste vraiment dans la réaction des leaders du Front de Gauche, c’est de les retrouver dans la peau de ces curés effarés par la Réforme, à l’époque où la naissance de l’imprimerie autorisait l’accès du plus grand nombre aux textes bibliques. On retrouve chez eux cette même crainte que le peuple « comprenne mal », un comble pour des anticléricaux qui se targuent de défendre les « gens ». Pour citer Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de Gauche, « cela ne fera qu’embrouiller l’esprit du lecteur ». On remarquera que cet esprit n’est pas tenu en très haute estime, et si j’étais méchant, j’appellerais ça du mépris de classe. Toujours Alexis Corbière : « Ce nouvel ouvrage fera le bonheur de ceux qui ont le goût de l’interdit et des obsédés de la haine anti-juive, anticommuniste ou anti-Lumières ». J’en conviens aisément, mais ceux-là n’ont guère besoin des éditions Fayard pour se vautrer dans cette boue répugnante, ils ont un accès en ligne à toutes les bauges possibles et imaginables. Ce qui me gêne, c’est la suite du propos : « Pour les autres, il n’y a rien à voir. » Une deuxième fois, si j’étais méchant, j’ajouterais « Circulez ! »

Pour dégouter les humains de la bête immonde, la meilleure stratégie ne serait-elle pas de leur permettre de la voir, plutôt que de leur dire : « Moi, je l’ai regardée, et croyez-moi sur parole, puisque je suis mieux éduqué, mieux armé, mieux préparé, ça n’est vraiment pas beau ! » La connaissance me semble une meilleure arme contre le mal que ne l’est la censure, et à prétendre vouloir préserver les esprits qui « pourraient être embrouillés », on ne fait qu’alimenter les fantasmes.

La récente et invraisemblable sortie de Netanyahou sur la question de l’Holocauste est un bon argument en faveur de la nécessité de la connaissance. Qu’un premier ministre de l’Etat d’Israël ait l’aplomb de dédouaner partiellement Hitler en faisant porter au grand mufti de Jérusalem (certes un antisémite virulent et un admirateur des nazis) la vraie responsabilité de l’extermination des Juifs montre à quel point il est indispensable de dévoiler largement la pensée nazie. Plus la diffusion du savoir sera grande, et moins les révisionnistes, qu’ils veuillent nier la Shoah ou l’utiliser à leur avantage, trouveront d’oreilles complaisantes.

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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 12:29

Une émission de France Inter entendue récemment a suscité chez moi un certain agacement. Il y était question du pape François, et un auditeur, se présentant comme athée et bouffeur de curés à l’occasion, y a exprimé tout le bien qu’il pensait du souverain pontife, bien supérieur selon lui aux politiques, tous bords confondus.

Il est vrai que les récentes interventions de François, face notamment aux élus républicains lors de son passage aux Etats-Unis, avaient un côté réjouissant :

« L’avortement c’est mal (bravo ! bravo !) mais la peine de mort, en vertu de la même logique, c’est mal aussi (silence gêné). D’autre part, il faut accueillir les malheureux qui viennent du sud de votre continent, c’est le devoir du croyant charitable (grognements dans la salle). »

Et puis comment ne pas apprécier ses quelques avancées en ce qui concerne l’homosexualité (« Qui suis-je pour juger ? ») et le divorce (« Les divorcés remariés font toujours partie de l’Eglise ») ? Bon, comme aurait dit Don Camillo : « Ce ne sont que quelques phrases sorties de leur contexte, Seigneur… », et il n’est pas évident qu’un pape en bute à l’hostilité d’une curie réactionnaire puisse aller beaucoup plus loin que ça. Mais si on regarde les siècles passés, on peut affirmer qu’il y a du progrès. Même sans regarder aussi loin en arrière, il y a du progrès. Le cardinal Bergoglio était bien moins tolérant envers les homosexuels (« destructeurs du plan de Dieu ») et les transsexuels lorsqu’il n’était qu’un simple prélat argentin.

Cependant, je veux bien croire qu’un homme est capable d’évoluer dans ses idées, même à un âge avancé. Et je veux même croire que l’accession au trône de Saint Pierre puisse vous transcender son cardinal, lui faire ouvrir grand les bras à tous.

Ce qui m’agace, c’est la comparaison avec les politiques. Pauvres politiques, bien pâlichons à côté de ce pape qui nous rappelle tous au devoir de charité et de partage ; et qui marche tout de même dans une voie bien plus évangélique, lorsqu’il condamne le recours à la guerre, que son alter ego orthodoxe le patriarche Kirill (il ne faudrait pas le pousser tellement pour qu’il bénisse chaque bombe russe balancée sur les Syriens).

Le problème des politiques, c’est qu’ils ne peuvent se limiter à dire (même s’ils promettent beaucoup) ; arrive toujours le moment où ils doivent faire, et se débrouiller avec les conséquences de leurs actes. En Allemagne, leurs décisions ont énervé du monde. La maire de Cologne a reçu des coups de poignard, et les excités de Pegida sont remontés comme des pendules. En France, la volonté pourtant très limitée du gouvernement d’accueillir (quelques) réfugiés fuyant la guerre n’est sûrement pas étrangère aux bons scores du Front national dans les sondages.

Le pape, lui, est un « leader d’opinion ». Il dit le bien et le mal, et invite ses ouailles à fuir l’un et suivre l’autre. Il admoneste les dirigeants de la planète, leur indique la voie chrétienne. Le pape, c’est Miss France, avec plus d’impact. Lui aussi, il veut la paix sur Terre, qu’on renonce aux armes et que tout le monde s’aime. Mais il n’a pas besoin de passer aux actes. De prendre des décisions, et de les appliquer, comme ces pauvres politiques moqués par l’auditeur de France Inter.

Sauf que… Sauf qu’après tout, il est le chef de l’Etat du Vatican, et qu’en tant que tel, il pourrait agir concrètement, non ? J’ai vu une fois un pape passer à l’acte, appliquer l’enseignement des Evangiles au lieu de dire aux autres de le faire. Il a vendu toutes les richesses de l’Eglise et s’est servi de l’argent pour acheter de la nourriture à ceux qui mourraient de faim en Chine et éviter la guerre au monde. Il s’appelait Cyrille Ier.

Ne cherchez pas, c’est un pape fictif, incarné par Anthony Quinn dans le film « Les souliers de Saint-Pierre ». J’étais tout gamin lorsque j’ai vu ce pape-là. Je l’ai vraiment admiré. Dommage que l’Eglise catholique n’en produise pas dans la réalité.

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 09:05
Essaims galactiques

Bientôt chez Voy'el : Essaims galactiques.

Le futur de l'Humanité ?

https://www.youtube.com/watch?v=LP0OEoCcvEk&feature=youtu.be

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