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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 19:48

Il existe dans l’histoire de la Musique une période singulière, une décennie dorée, entre 1965 et 1975, pendant laquelle différents courants ont convergé, se sont mêlés, ont fusionné dans un chaudron magique pour donner naissance à un son particulier que j’appelle le Rock chevelu. Le moment exact où les ingrédients pris au Blues, à la Soul, au Rock, à la Country, aux rythmes latinos, se sont amalgamés à la perfection et ont formé une recette unique se situe en août 1969. Le festival de Woodstock a permis alors à 32 groupes de se produire devant un demi-million de spectateurs. Le Rock chevelu s’est révélé au monde à cette occasion. Puis, en quelques années, de nouveaux courants musicaux sont apparus, Heavy Metal, Glam, Progressive Rock. Les bluesmen sont revenus à leur public, les artistes de Folk au leur.

Ce prisme, ce cristal parfait dont la pointe est représentée par Woodstock, et à l’intérieur duquel ont convergé plusieurs rayons lumineux décomposés ensuite en un arc-en-ciel musical, a brillé quelques temps d’un éclat sans pareil, un éclat resté inégalé. Il a laissé pour la postérité, parmi d’autres chefs-d’œuvre, dix titres inoubliables, interprétés par des légendes du Rock, selon moi les dix sommets du Rock chevelu.

 

1/ « I’m going home » de Ten Years After

La liste n’est pas établie en fonction d’un quelconque classement. Si je commence par ce morceau et par ce groupe, c’est qu’ils sont une illustration parfaite du phénomène exposé en introduction. Ten Years after s’est formé en 1966 (début de la décennie dorée), a sorti son premier album en 1967, et s’est séparé en 1975 (fin de la décennie dorée). Très représentatif du Blues électrique anglais, il ne connait pas le succès d’autres groupes de la même mouvance. Jusqu’à un soir d’août 1969, où, invité au festival de Woodstock, il interprète sur scène « I’m going home ». La performance hallucinante du chanteur Alvin Lee, saisi par une transe interminable, rend le groupe mondialement célèbre ; et place son blues survitaminé, « I’m going home », parmi les dix sommets du Rock chevelu.

https://www.youtube.com/watch?v=bW5M5xljdCI

 

2/ « All Along the Watchtower » de Jimi Hendrix

Contrairement aux Anglais de Ten Years After, l’Américain Jimi Hendrix, invité lui aussi à Woodstock, n’a pas besoin de cet invraisemblable festival pour se faire reconnaitre. Il est déjà considéré comme un prodige de la guitare électrique. Et il est l’emblème de la fusion des courants musicaux dans le creuset de la fin des sixties ; des résistances à cette fusion également. Les autres Afro-Américains lui reprochent souvent de jouer une musique de Blancs, comme si le métissage musical était aussi odieux à la société de l’époque que le mélange des races. Hendrix n’en a cure, il injecte son héritage Blues dans le Rock pour fabriquer un son inimitable. Jimi Hendrix est à la guitare électrique ce que fut Paganini au violon à une époque : un musicien tellement doué que les autres artistes sont dans une impossibilité quasi physique d’imiter ou même d’approcher ce qu’il réalise. Eric Clapton, pourtant surnommé « God », fut sérieusement ébranlé la première fois qu’il l’entendit jouer au cours d’un bœuf à Londres. Inégalable, toujours considéré comme le plus grand virtuose de la guitare électrique de tous les temps, Hendrix atteint son apogée en interprétant en 1968 une chanson écrite par Bob Dylan en 1965, « All Along The Watchtower », preuve que le Rock chevelu est un métissage unique obtenu au cours d’une décennie bénie, un morceau écrit par le pape du Folk, revisité par un Noir Américain venu du Blues et converti au Rock.

http://www.dailymotion.com/video/x7eonk_jimi-hendrix-all-along-the-watchtow_music

 

3/ « Crossroads » de Cream

 

Eric Clapton a beau avoir eu un coup de déprime face à la virtuosité de Jimi Hendrix, lorsqu’il forme le groupe Cream, il est un vrai « guitar hero ». Cream est d’ailleurs qualifié de « super groupe », étant donné que tous ses membres sont déjà des stars au moment de sa composition en 1966 (Jack Bruce à la basse et Ginger Baker à la batterie). Et si Hendrix est un Noir influencé par la musique des Blancs, Clapton est un Anglais blanc qui ne rêve que de jouer le Blues des Afro-américains. Une nouvelle fois, nous voilà devant ce melting-pot de la décennie dorée dans lequel tous les sons se mélangent ; devant ce carrefour. D’où le choix de « Crossroads », à la fois référence à la légende du Blues, à ce croisement où Robert Johnson est censé avoir pactisé avec le Diable pour devenir le plus grand des bluesmen, et hommage à l’intersection où se rencontrent les courants musicaux, où ils se télescopent pour engendrer la quintessence du Rock chevelu.

http://www.dailymotion.com/video/x2x0aq_cream-crossroads_music

 

 4/ « One Way Out » de The Allman Brothers Band

Si les Anglais de Cream se sont contentés de rêver des moiteurs de « Dixieland », Duane et Gregg Allman ont grandi en leur sein, à Macon en Géorgie. Avec Dickey Betts, Berry Oakley, Butch Trucks et Jay Johanny Jaimoe Johanson, ils forment un groupe en 1969, et deviennent une référence de ce qui sera baptisé le Rock sudiste. Autant dire qu’ils sont représentatifs du métissage musical, tant ce courant est un mix d’influences, Blues noir et Country blanche, interprété d’une manière magistrale à la guitare par le virtuose Duane Allman, souvent considéré comme le numéro deux à cet instrument, juste derrière Jimi Hendrix. Outre une maîtrise surnaturelle de son instrument, Duane Allman a pour point commun avec Hendrix le fait d’être mort très jeune, d’un accident de moto, en 1971. Ecouter « One Way Out » permet d’être envoûté par son jeu incroyable et par la voix rauque et traînante de son frère Gregg, parfaitement adaptée aux particularités du Rock sudiste.

https://www.youtube.com/watch?v=vCgrxtTxTPg

 

5/ « Freebird » de Lynyrd Skynyrd

Pur produit du Rock sudiste à l’instar de The Allman Brothers Band, Lynyrd Skynyrd est connu non seulement pour la qualité de sa musique, mais également pour les polémiques qu’il a suscitées. Sa célébrissime chanson « Sweet Home Alabama » est une réponse cinglante aux attaques de Neil Young contre les « rednecks » du Sud dans ses morceaux « Southern Man » et « Alabama ». En réalité, le compositeur et chanteur Ronnie Van Zant n’apprécie guère qu’on fasse des généralités à propos des Blancs du Sud, et qu’être un citoyen à peau claire de l’Alabama suffise pour être estampillé plouc raciste. Cependant, son goût pour la provocation et la « fierté sudiste » de Lynyrd Skynyrd, avec notamment la présence du drapeau confédéré sur scène à tous ses concerts, donnent au groupe une image un peu trouble. Lynyrd Skynyrd vaut sûrement mieux que les polémiques qui lui sont attachées. Son chef-d’œuvre, « Freebird », sorti en 1973, est à la fois un hommage poignant à Duane Allman (grand ami de Ronnie Van Zant) après sa disparition, et l’écrin d’un des plus époustouflants solos de guitare de l’histoire du Rock.

http://www.dailymotion.com/video/x3943h_lynyrd-skynyrd-freebird_music

 

6/ « La Grange » de ZZ Top

ZZ Top a parfois été assimilé au Rock sudiste dont Lynyrd Skynyrd et The Allman Brothers Band sont des figures de proue. Mais les « Tres Amigos » jouent une musique différente, influencée par les sons latino-américains présents au Texas, et leur leader Billy Gibbons s’est montré clair sur ce point : le Rock texan n’est pas du Rock sudiste. Le point commun, c’est le métissage musical, avec une très forte composante Blues. Comme son ami Jimi Hendrix, qui lui offre en 1969 une Fender Stratocaster à la formation du groupe, Billy Gibbons part du Blues et développe son propre son ; son propre look également. Comme son compère bassiste Dusty Hill, il arbore une barbe immense, des lunettes noires et des couvre-chefs variés. La pilosité faciale des deux chanteurs devient leur élément identificateur. Le style « biker » se retrouve également dans leurs textes, souvent dédiés à l’alcool, à la bagarre et aux femmes, y compris celles que l’on trouve dans les maisons closes. Leur immense succès « La Grange » évoque d’ailleurs un bordel texan. Sorti en 1973, ce sommet du Rock chevelu permet d’apprécier la voix grave et envoûtante de Billy Gibbons.

https://www.youtube.com/watch?v=SE1xO44FlME

 

7/ « Roadhouse Blues » de The Doors

Déplaçons-nous vers l’Ouest et nous voici en Californie où naissent The Doors. Le nom du groupe est significatif. Il fait référence au livre d’Aldous Huxley, « The Doors of Perception », ou l’auteur fait part de son expérience des drogues. Ajoutez à cela que l’organiste Ray Manzarek rencontre le batteur John Densmore lors d’une conférence du gourou Maharishi, et qu’ils recrutent un autre accroc à la méditation transcendantale, le guitariste (et génial compositeur) Robby Krieger, et vous comprendrez que The Doors développe un style psychédélique sur les textes quasi métaphysiques de Jim Morrison. Drogué et alcoolique, ce dernier est surtout un poète très cultivé. Fin connaisseur de l’ouvrage « La psychologie des foules », Morrison est capable de plonger le public de ses concerts dans de véritables transes hystériques. Oliver Stone a d’ailleurs parfaitement rendu à l’écran cette capacité proprement chamanique de Morrison dans son film « The Doors » en 1991. Le choix de « Roadhouse Blues », au milieu d’une quantité de hits planétaires, s’explique par le fait qu’il s’intègre parfaitement dans la mouvance du Rock chevelu, avec de fortes racines plongeant dans l’origine du Rock et du Blues, tout en possédant la touche psychédélique particulière de The Doors.

 https://www.youtube.com/watch?v=kE32pvvaDT8

 

8/ « Locomotive Breath » de Jethro Tull

Si The Doors se singularise dans cette sélection par son appartenance au Rock psychédélique, Jethro Tull en fait autant puisqu’il est une figure de proue du Rock alternatif. Influence de la musique classique et celtique, travail sur des « albums-concept », leader du groupe (Ian Anderson) qui joue de la flûte, nous sommes loin du « Bar Rockin’Blues ». Pourtant, à ses débuts, Ian Anderson est influencé par le Blues, même s’il s’en éloigne ensuite. Et en 1971, leur quatrième et plus célèbre album, « Aqualung », contient un morceau, « Locomotive Breath », digne de figurer au panthéon du Rock chevelu, avec son jeu de piano très « Chicago style », ses solos de guitare bluesy, et son rythme Rock évoquant une locomotive folle.

https://www.youtube.com/watch?v=P2UgejkBdu0

 

9/ « Child in Time » de Deep Purple

The Doors et Jethro Tull sont emblématiques de deux des chemins séparés que prendra le Rock à la fin de la décennie dorée, psychédélique et alternatif. Deep Purple trace une troisième voie, celle du Hard Rock, dont il est considéré comme un des fondateurs. Formé en 1968, dissous en 1976, le groupe britannique n’est vraiment lui-même qu’entre 1969, à l’arrivée du bassiste Roger Glover et du chanteur Ian Gillan, et 1973, à leur départ. Malgré le talent du guitariste Ritchie Blackmore, de l’organiste Jon Lord et du batteur Ian Paice, il est difficile de dissocier Deep Purple de la voix incroyable de Ian Gillan. La période faste du groupe correspond à la sortie de leurs trois albums majeurs, « In Rock » en 1970, « Machine Head » et « Made in Japan » en 1972, années pendant lesquelles Gillan est le chanteur du groupe. « Smoke on the Water » et « Lazy » auraient mérité d’être choisis comme titres emblématiques de Deep Purple, mais c’est la longue suite « Child in Time », premier énorme hit du quintet, devenu un hymne du Hard Rock aux côtés de « Stairway to Heaven » de Led Zeppelin, qui permet le mieux d’apprécier la virtuosité de Ian Gillan et de constater que le Rock chevelu n’est pas qu’une affaire de guitariste, mais également une affaire de chanteur.

 https://www.youtube.com/watch?v=OorZcOzNcgE

 

10/ « Toussaint L’Overture » de Santana

Carlos Santana est le seul musicien de cette sélection à n’être ni britannique, ni citoyen des Etats-Unis d’Amérique. Il n’en est pas moins devenu une star planétaire, et il est considéré comme un des plus grands guitaristes de tous les temps. Si on se fie au classement des 100 meilleurs établi par le magazine « Rolling Stone », il arrive en quinzième position. Seuls le devancent, parmi les « guitar heroes » du Rock chevelu, Jimi Hendrix, Duane Allman et Eric Clapton. Mexicain, fils de mariachi, Carlos Santana apprend très tôt la musique, en commençant par le violon. Puis il se met à la guitare, et après avoir franchi la frontière, à l’anglais et au Blues. Peut-être du fait de ses origines latino-américaines, Santana parvient à créer une œuvre musicale ultra métissée. Les recettes des neuf autres groupes comportent moins d’ingrédients : de lourdes saveurs de Blues et de Rock pour Ten Years After, Jimi Hendrix, Cream et ZZ Top, de bonnes rasades de Folk et de Country pour The Allman Brothers Band et Lynyrd Skynyrd, des épices encore inédites pour The Doors, Jethro Tull et Deep Purple. Carlos Santana, lui, évoque un cuisinier fou qui jette de tout dans sa marmite, Salsa, musique traditionnelle mexicaine, jazz manouche, mais parvient à contrôler le résultat avec une invraisemblable maestria. Précurseur de la World Music, il additionne les styles et les instruments, se produit avec une armée de percussionnistes, et emporte les spectateurs dans un formidable tourbillon euphorisant ; pour avoir eu la chance de le voir sur scène, je peux témoigner du fait que Carlos Santana a compris une chose essentielle : la musique est d’abord faite pour communiquer de la joie. « Toussaint L’Overture », écrit en 1970 à la gloire de l’esclave haïtien révolté, est un exemple parfait de son génie musical.

https://www.youtube.com/watch?v=iQ8ST0Nks34

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