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9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 10:22

Voilà, c’est fait. Donald Trump sera le 45ème président des Etats-Unis d’Amérique. Enorme surprise pour certains, ce résultat ne m’étonne pas tellement. J’avais discuté récemment du sujet avec une amie qui séjourne régulièrement aux Etats-Unis et prenait la température auprès des locaux. Le rejet d’Hillary Clinton est tellement fort, y compris parmi des Démocrates convaincus, que l’élection de son adversaire pouvait sérieusement s’envisager. Imaginez en France un deuxième tour de présidentielle entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen. Malgré tout ce qu’il peut y avoir d’effrayant avec la présidente du Front National, elle aurait ses chances tant le nombre d’électeurs de gauche réticents à voter Sarkozy serait grand, même pour barrer la route à l’extrême droite. Hillary Clinton, c’est un peu le Sarkozy américain ; trop d’électeurs sont restés à la maison. Et puis il y a l’envie de faire « péter le système », même si personne ne comprend en quoi consiste exactement le fameux système.

Maintenant on attend le cataclysme. Sauf que Trump ne fera probablement pas le dixième de ce qu’il a promis. Son premier discours le démontre, dans lequel il s’est davantage employé à féliciter son adversaire qu’à redire qu’il fallait l’envoyer en prison. Et puis ce qui concerne les Américains est leur problème. Qu’ils détruisent le peu de protection sociale mis en place par Obama, qu’ils portent des armes dans tous les lieux publics, qu’ils essaient de « rééduquer » les homosexuels (ça, c’est le dada du colistier de Trump, Mike Pence, un cul-bénit obscurantiste bien plus inquiétant que son matamore de patron) et d’interdire l’avortement, cela n’impactera que la société américaine.

Reste ce qui nous concerne, nous-autres, Européens. Trump prétend se torcher avec les accords de Paris sur le climat. Il envisage de retirer la protection armée des troupes américaines à tous les pays qui ne font pas un effort de défense suffisant. Il trouve Vladimir Poutine éminemment sympathique et n’entend pas l’embêter pour des broutilles (entendez l’annexion de morceaux de pays voisins, par exemple). Peut-être avions-nous besoin de ce genre d’électrochoc. L’Europe s’est toujours comportée comme le « geek » malingre qui essaie de traîner avec le gros baraqué, approuve ses pires conneries (deuxième guerre d’Irak, contre laquelle la France s’est trouvée seule à protester, et a dû payer le prix de son audace), encaisse ses humiliations (procès à répétition contre des entreprises européennes, condamnées par les tribunaux américains à négocier des amendes faramineuses sous peine de se voir fermer le marché outre-Atlantique, système de racket tellement passé dans les mœurs que l’unique contre-attaque visant Google a paru ahurissante aux médias des Etats-Unis), tout ça dans l’espoir que le caïd sera son pote et le protègera si besoin est.

L’Amérique semble sur le point de céder à la tentation isolationniste qu’elle a déjà connue par le passé. Certains pays européens, comme la Pologne, dont le nouveau gouvernement n’en finit pas de cracher au visage de ses voisins (dernier coup d’éclat, l’annulation d’un marché de défense auprès d’Airbus, les dirigeants polonais préférant acheter américain en reniant la parole donnée par leurs prédécesseurs), la Belgique ou l’Autriche, confortablement assoupies à l’abri d’armées financées par d’autres, au budget de Défense si ridicule qu’il servira bientôt à entretenir seulement une poignée de gardes-frontières (mais il n’y a plus de frontières, n’est-ce pas ?), vont peut-être connaître un réveil brutal. Ceux-là comprendront-ils que faire cause commune avec des voisins qui partagent les mêmes problèmes est sans doute plus sûr que de s’en remettre à un lointain parrain au caractère versatile ? Ceux-ci découvriront-ils qu’il faut s’aider soi-même avant d’escompter que le ciel (américain)  vienne (peut-être) à votre secours ?

Espérons que cet électrochoc rappellera à l’Europe qu’elle est un continent riche, qui pourrait être puissant s’il était solidaire. Espérons qu’il nous éclairera sur la nécessité de faire progresser l’intégration européenne, parce qu’il est probable que dans les temps à venir nous ne puissions compter sur personne si certaines menaces se profilaient à l’horizon (par exemple vers la frontière Est de l’Europe). Le jour où le « geek » malingre se rend compte que le grand balaize dont il croyait être le copain n’en a rien à faire de lui, il ne lui reste plus qu’une solution : grandir.    

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